Petite remarque au sujet du révisionnisme ordinaire par Philippe Beck

Les Incitations

15 juin
2013

Petite remarque au sujet du révisionnisme ordinaire par Philippe Beck

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Les journaux bruissent de la multiplication des « pervers narcissiques » ; la paranoïa non critique, et judiciarisante (ou contre-judiciarisante) souhaite lutter contre une fâcheuse armée de la lumière tamisée (du clair obscur). L’armée dont on parle se compose d’une soldatesque de tyranneaux à boucliers humains. Les lieux du travail en commun souffrent des menées de « supérieurs » capables de subtiles manipulations et conscients qu’ils rencontrent l’esprit d’une époque. Bien. Que peut donc la « paranoïa critique » en la circonstance? Elle s’arme d’une typologie inspirée de Plutarque, outil pour identifier l’hypnotique flatterie des tordus et ses effets, décrire le principe de Iago et tous les principes d’une trahison née de la confiance. Qu’est-ce que la confiance ? C’est le sentiment de partager un même destin avec tous, c’est-à-dire le sentiment d’une solidarité constitutionnelle des « frères humains», des caractères. La « paranoïa critique », ou paranoïa pour le présent (étendue à l’avenir, elle perd le sens), consciente que le névrosé attire le pervers en manque de sens, peut décrire à l’occasion le révisionnisme ordinaire, où le calme interprétatif disparaît. Or, il n’y a pas de possibilité d’avancer dans l’existence sans un calme et le partage d’un calme dans la lutte pour l’important. Le révisionniste ordinaire, non seulement tente d’inverser le sens de l’offre (de donner à entendre que l’offre, la générosité sensée est toujours suscitée par une demande), mais encore il se coalise pour interdire la non révision ou le calme : tout est brouillard et, calme comme un brouillard qui voile le pire, l’homme obscur, le coalisant-coalisé, y nage à l’aise et y convie. Le brouillard est une boue. Ce révisionnisme est maintenant le transcendantal de tous les scepticismes qui ruinent l’époque. Il faut continuer de croire dans la puissance du refus de la révision insensée (où plus rien n’est assuré), faute de quoi ceux qui croient dans la toute-puissance du réseau sans œuvre seront le dernier avatar de l’esprit de vengeance ; pour un tel esprit de destruction discrète, le besoin est le nom de la fonction d’une tyrannie individuelle, dont le but est d’interdire une œuvre suscitant son réseau intime. S’il régissait décidément la vie ordinaire, réduite au maillage des atomes, au lien des séparés (à la toile), alors la terre n’attendrait pas la mort du soleil pour effacer jusqu’au souvenir des luttes ou demandes communes. La pensée de la politique ne peut faire l’économie d’une relecture des Provinciales ; mais le combat des Jansénistes et des Jésuites a-t-il encore lieu et aux yeux de qui ? Aux hommes de bien de se déclarer ensemble aussi. Contre toutes les polices de l’intention.