Francis Gilardoni - Doctrine de Passion par Julien Starck

Les Parutions

19 mars
2026

Francis Gilardoni - Doctrine de Passion par Julien Starck

Francis Gilardoni - Doctrine de Passion

 

 

Pascal, Lautréamont et la bibliothèque de Nag Hammadi

Attention l’écriture mord. Doctrine de passion dégage quelque chose d’acide, où l'amour passe en force dans des phrases lapidaires : « J’ai longtemps vécu dans la ville des pauvres pour y chercher les amorces de certaines lignées ». Écrire pour Francis Gilardoni est comme « prier dans des formules par lesquelles l’esprit aurait fait l’essai de [son cœur] ». Le cœur et la raison. Le pari pascalien de Gilardoni choisit le testament, comme forme de parole vive et enfouie. Doctrine de passion est écrit dans un style baroque tendant à la classicité, avec une utilisation précise et presque sévère des mots, qui sont comme des contenus de doctrine rayonnante : « positions de secret » ; « positions solennelles » ; « prises de ciel » ; « lignées » ; « sacrifice ». Autant de syntagmes anciens qu’il faut prendre comme des formes de pratique actuelle, presque des équations de facultés : « formules mentales captivant le Christ dans la mémoire ». Ainsi la mémoire est inspirée du verbe : elle crée avec sûreté ; elle édifie une docte parabole de la parole où chaque formule a son sens : Christ, Esprit, Mémoire, Fiefs célestes, désignent des lieux plus que des choses. Le Christ désigne quelque chose de crucial : "Qui est situé à un croisement, à un point de l'espace ou du temps où une décision s'impose ou est possible" (définition commune) ; d'autres doctrines l'appellent le Karma, le Kairos : ce qui croise les routes. Doctrine de passion s'expose comme une orthodoxie : au sens à la fois historique (une Eglise d'orient) et géométrique de l'esprit (une épreuve) : « une des écoles les plus élémentaires de l’esprit. » C'est à mi-chemin du ton de certains écrits de Nag Hammadi et des Poésies de Lautréamont. C'est un texte ancien pleinement contemporain. Il ne suffit pas de croire déchiffrer les symboles (du christianisme), il faut prendre le texte à sa source et voir comment il s'expose mathématiquement. Il y a une force d'entraînement implacable, une succession de formules qui se répondent, tourbillonnent et se répètent dans un autre ordre, comme si chaque chapitre était un ruban : « ruban analogique des processions, ruban de saisie d’actes décisifs et secrets par des auxiliaires vivants tournés par spécialité vers l’orient de Sion. » La Doctrine de Passion s'énonce comme une Prière de la Raison. Il y a quelque chose du chant, de l'incantation précipitée d'une gloire de la raison vivante. Il faut entendre rythmiquement un certain nombre d'informations qui compose le message : « Je crois que certains coptes ont fait la prédication d’un bandeau illimité qui aurait doublé les processions sacrificielles du Christ, certains temples ou appareils de perception auraient suivi ses processions secrètes. » "Les processions secrètes de la perception" sont un sous-titre imaginable de Doctrine de passion. Le texte a vraiment une texture, ce ne sont pas que l'articulation des symboles d'une religion perdue ; c'est plutôt l'architecture actuelle d'une religion textuelle : une religion de l'architecture textuelle de l'esprit. Doctrine de passion est écrit comme une procession, avec l'allure et le rythme d'une procession, dans l'architecture de la procession ; la procession procède de la passion, ou la possession précède la passion, quel que soit l'ordre des mots, la « perception » (au sens large de canaux de perception des signes) est architecturée comme un bandeau d'informations illimité. Doctrine de Passion illustre (met en lumière, rend glorieux) un bandeau d'informations illimité. À nous de nous saisir de son architecture, comme d'un très ancien mantra. À nous de nous épanouir à lire ces séries de passions secrètes illimitées, exposées dans un ordre qui appartient à la passion c'est-à-dire à une sainte raison. Une raison folle d'amour, avez-vous jamais entendu cela ? Chez les mystiques. Francis Gilardoni est le prête-nom d'une source de passions illimitées.

 

 

 

Le commentaire de sitaudis.fr

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