Pierre Andreani - Autoportrait en ladre par Jacques Lucchesi
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Si, depuis toujours, on met en avant l’inspiration quand on parle de poésie, on oublie volontiers toute la détermination qu’il faut, à celui qui se sent poète, pour accomplir une œuvre poétique. Cela exige d’aller à contre-courant de cette époque qui privilégie la vitesse et la rentabilité immédiate dans tous les domaines d’activité. Cette gageure est celle de Pierre Andreani – par ailleurs éditeur et vidéaste. Son sillon, il le poursuit à son rythme, c’est à dire un recueil tous les deux ans environ. Après Hormis la joie (éditions Sous le Sceau du Tabellion) et Litanie pour possession (éditions Sans escale), voici, en cet été 2026, un nouvel opus poétique, Autoportrait en ladre, aux éditions Contre-sort.
Ce titre, a priori énigmatique, renvoie – dixit l’auteur – à l’imaginaire médiéval et à François Villon, l’une de ses grandes références avec Jude Stefan et Matthieu Messagier. Il faut savoir que le ladre désignait alors le lépreux. Par sa marginalité le poète – du moins métaphoriquement – n’est pas si éloigné de cette maladie socialement repoussante. Qui osera ainsi l’approcher et faire un bout de chemin avec lui ? Répartis en trois chapitres les petits poèmes secs et heurtés de son ouvrage nous narrent une relation, son éclosion, son essoufflement et sa cessation, avec les sentiments parfois négatifs qui l’accompagnent. Nous narrent ou plutôt nous murmurent. Car Pierre Andreani n’est pas de ceux qui vocifèrent leurs amours. Son mode à lui c’est la confidence, voire l’ironie et la pirouette. Néanmoins on est en présence d’une poésie vraiment lyrique, fût-elle très contenue :
«tu reniflais dans ta crème flan-coco
«voudrais-tu me suivre? demandais-je
au bal du remords
dans les lumières du bastringue
dans la nuit étoilée
t’abaisser à
m’embrasser sans t’embarrasser ? »
C’est tout l’art du poète que de condenser ce qui serait chez d’autres de fastidieux bavardages. Et de faire passer, à travers des mots sans fard, tant d’affects et de sentiments. Jusqu’à les subsumer sous cette architecture verbale qu’on appelle prosodie. Car les poèmes de Pierre Andreani sont traversés par une exigence d’oralité. Oui la poésie est un long travail obstiné et le poète un bâtisseur de demeures sans clé.