Un trou sous la brèche de Frédéric Léal par Domenico Webb

Les Parutions

09 mars
2006

Un trou sous la brèche de Frédéric Léal par Domenico Webb

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Un trou sous la brèche se lit - comme tous les livres de Frédéric Léal - d'une traite, flottant dans les catégories trop étroites du "roman" aussi bien que de la "poésie", dégagé de fait. Pourtant quelque chose change, quelque chose se risque, dans le montage d'un haut et d'un bas qui ne vise pas spécialement à produire du burlesque (toutefois, ça le peut) mais coule l'ensemble en un grincement à remarquer dans le régime habituellement comique de l'auteur. Le haut : la guerre d'Espagne, ses héros, ses défaites. Le bas : le narrateur, sodomisé par une jeune campeuse allemande dont le goût de l'expérience n'a d'égal que l'énergie toujours renouvelée. Et notre héros d'entreprendre une ascension pyrénéenne en compagnie d'un oncle aphasique et d'un mal aux fesses qui, heureusement, ne le laisse pas sans voix (il faut bien combler le silence). Au bout, un texte : le récit, écrit, par l'oncle, de la vie de son père, engagé dans la guerre d'Espagne... par l'amour fou qu'il porte à une militante acharnée. Et puis, des questions, psycho-littéraires en diable : qu'est-ce qui peut combler le trou du politique, si même pas l'amour - et inversement ? puis-je parler à ma tête quand mon cul est malade ? qui est le plus aphasique de tous ? l'oncle ? le père ? le narrateur ? la France ? tous ceux qui n'écoutent pas (les Français, vous, moi) ? Léal prend le taureau par les cornes, et, c'est sûr, il est le seul à le faire de cette manière-là.