Candide Angot par Domenico Webb

Les Incitations

04 oct.
2002

Candide Angot par Domenico Webb

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La "rentrée" littéraire parisienne serait bien ordinairement désolante si Sollers, dans son "roman", ne s'en prenait à POL et aux éditions de Minuit, si finement renommées par lui qu'on n'ose pas ici déflorer de telles trouvailles, d'autant qu'elles ont déjà été relevées un peu partout (mais peut-on véritablement les relever?!). Le fait que le Maître ne puisse plus cantonner ses rivaux (ou ennemis) dans le silence où il sait plus habile de les tenir, est pour nous très bon signe. Signe qu'un espace hors de son contrôle, désormais le menace et amorce son déclin, non certes pas en termes commerciaux, (de ce point de vue, il a encore quelques belles années devant lui) mais au moins en ce qui concerne le prestige littéraire aux yeux de l'élite. D'où l'ironie polémiste, certes bien émoussée par des années de confort médiatique.
Dans le même réseau mais avec beaucoup plus de candeur, cette candeur qui fait croire aux parisiens que la province existe encore, Christine Angot (toujours bien soutenue par Josyane Savigneau) a avoué au Nouvel Obs (du 22 au 28 août) :


Construire une histoire, une de plus, pour dire : c'est moi l'auteur de cette histoire-là, ça ne m'intéresse pas. Par contre, écrire ce qu'on a dans la tête quand on bouge et quand on vit, ça oui, ça m'intéresse. Parce que c'est quelque chose qui vous exclut. A partir du moment où vous avez une histoire à raconter, vous faites partie du groupe".


Comme un trop grand nombre d'artistes dits contemporains", Christine Angot a cru pouvoir retenir de l'histoire de l'art que le propre du génie était d'être exclu par le groupe!!! Et comme elle veut être artiste, elle cherche tous les moyens possibles de se faire exclure!!! Tâchons de démêler les grosses bêtises que tresse son énoncé en faisant d'abord remarquer que la préoccupation initiale de Van Gogh ou d'Artaud n'était pas de se positionner par rapport à un groupe donné mais plutôt d'oeuvrer et c'est la réception de l'oeuvre qui produisit telles et telles conséquences, nullement souhaitées ni recherchées. Deuxièmement, l'univers social s'étant mis à ressembler de plus en plus furieusement à celui décrit par Bourdieu, les renversements dialectiques tournent à la farce, celui qui dit ne pas vouloir s'intégrer finissant par être le mieux intégré à tous les réseaux, effet qu'on pourrait nommer l'effet Debord...
Enfin, signalons à Christine Angot que les "histoires" racontées par Flaubert ou Joyce n'ont pas franchement ravi les groupes constitués et qu'elles ne sont toujours pas, si l'on excepte le champ universitaire, de nature à fédérer qui que ce soit ni à conforter les représentations nécessaires au maintien de l'ordre social. En revanche, l'argument de vente du livre de Catherine Millet, murmuré à l'oreille du chaland, n'a-t-il pas été la "vérité" des partouzes relatées? Aujourd'hui, le nom même de "poète" est plus méprisé que jamais, utilisé dans la langue courante pour disqualifier tous ceux qui manquent d'efficacité ou de force. Aujourd'hui, raconter des "histoires" vous relègue immédiatement au banc des faux témoins. Ce qui rassure le groupe majoritaire au contraire, ce qui le caresse dans le sens de son porte-monnaie, ce qui épouse toutes ses croyances, c'est la garantie qu'on va lui dire tout ce qu'on a dans la tête comme lors des débats de la télé, c'est l'idolâtrie de la transparence, le goût des grands immeubles en verre et des strips tristes.
Angot vend bien parce qu'elle est "vraie", tout simplement et les caméras aiment les gens "vrais"!Une phrase de son dernier livre illustre à quel point elle se montre la docile élève du bien penser qui domine actuellement la scène parisienne :

"J'avais décidé de donner un dernier coup de collier en m'installant à Paris, en faisant tout ce qu'il faut le plus correctement possible."

Dans ce "style si dépouillé", la dernière formule sort de la bouche innocente, non plus de Candide (Voltaire en pleurerait comme Jean-Jacques) mais, as correctly as possible, de l'héroïne d'un pays merveilleux imaginé par un dessin animé japonais : Candy .