Verre, Ironie et Dieu d'Anne Carson.

Les Parutions

14 juil.
2005

Verre, Ironie et Dieu d'Anne Carson.

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La télé est sotte, comme le bloc du moi en chacun de nous.

Rien que pour ce vers parfaitement mondialisable et pour son effort de dire sans recherche du moindre effet son présent le plus intime, cette helléniste canadienne (et raisonnablement féministe, of course) mériterait d'être découverte en France.
Pas facile de rendre compte du plaisir éprouvé à la lecture de cette poésie inscrite dans cette grande tradition américaine qui, de W. Whitman à W.C. Williams, sauve le lyrisme de ses désastres grâce à la candeur de ceux qui croient (ou font semblant de croire?) que le combat avec l'ange est encore possible, que le buisson ne s'est pas éteint et qu'une mer peut s'ouvrir en deux pour laisser passer les peuples ; dans ce décor, qu'une subtile ironie protège de la grandiloquence, l'expérience la plus commune trouve son lieu dans les termes les plus délibérément communs, (Quand Law m'a quittée, j'ai eu si mal que j'ai cru mourir) juste suivie de ce simple vers-commentaire :

Ceci n'est pas rare.

Certains européens s'essaient à cela et c'est calamiteux, nous avons trop lu.

Anne Carson a pourtant lu, beaucoup and more and more, elle rapproche Hemingway d'Alkaios ou Hector des caméras mais elle ose comme nous n'osons plus, c'est peut-être pourquoi (?) elle captive autant lorsqu'elle évoque ses parents sur le mode de l'auto-fiction que lorsqu'elle s'adresse à Dieu ou à ses saints dont Artaud ou réécrit le Livre d'Isaïe.
Difficile également de saisir son travail de la langue ou du rythme puisque Claire Malroux (oui, avec un o), la traductrice n'en dit rien dans sa préface ni Guy Davenport dans sa post-face sinon qu'elle n'innove pas sur le plan formel ni dans sa posture ; ce dernier lui adresse, à propos de l'Essai de Verre qui ouvre ce recueil, un éloge qui dit bien et l'engouement et la perplexité des lecteurs de vers, il dit que ce poème...
...est plus riche que la plupart des romans actuels...

C'est vrai mais pourquoi?
Le livre s'achève sur un essai de type universitaire intitulé Le genre des sons
pourquoi pas?
tout aussi discutable mais tout aussi passionnant
why not?
Le commentaire de sitaudis.fr éd. José Corti (2004)
176 p.
19 €