Pour la Littérature olé olé

Les Incitations

18 août
2007

Pour la Littérature olé olé

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Le samedi 18 août, Laurent Joffrin écrit à la une du quotidien qu'il dirige :

il est clair que l'esprit du temps ne souffle pas dans cette direction...

Selon lui, cet esprit est de plus en plus soucieux des droits de l'animal et le patron de Libé de fustiger l'art taurin pour caresser dans le sens de son poil très bête, ledit esprit.
Il fut un temps balzacien où vieillissantes, les courtisanes devenaient les meilleures des bigotes, aujourd'hui, elles militent contre les corridas.
Et les dompteurs de fauves se targuent de considérer leurs bêtes "comme des partenaires qu'ils doivent mettre en évidence " (sic, lu dans le programme d'un grand cirque francophone, en juillet 2007). L'époque du bisou aux tigres aimerait nous faire croire qu'elle est plus civilisée que les précédentes, tandis que l'Argent la mène (dans le mur non cliché), qu'elle malmène chaque jour plus violemment l'étranger et que dans les contrées où l'on traite le plus dignement les bovins, comme au Texas, on n'en continue pas moins d'exécuter chaque année nombre de jeunes mineurs, surtout des noirs. L'animal lui, n'est pas mieux connu d'elle, surface projective des identifications les plus infantiles, toujours victime et empeluché (lire à ce propos l'excellent ouvrage de Francis Wolff, Philosophie de la corrida , éd. fayard 2007).
Le même week-end, l'éditorial du Monde 2 s'en prend ...

à ce monde des lettres où, entre Flore et Magot, se noue l'obtention d'un Goncourt ou l'entrée sous la coupole du quai Conti. Bien que publié dans la prestigieuse collection "Blanche " de Gallimard, il n'a jamais troqué son blouson de cuir de fan de Bob Dylan contre un costume trois pièces de romancier installé.

Qui est ainsi opposé aux caricatures les plus empesées de St Germain ?
Qui est loué, encensé comme vivant. Incroyablement vivant. ?
Qui est l'écrivain populaire évident ?
Philippe Djian !
Et de conclure :

Il est rafraîchissant d'entendre parler de littérature avec une telle simplicité.

Tout cela en édito, introduit un "grand entretien" avec l'auteur plein de gentilles banalités où l'on apprend par exemple que le chanteur Renaud, est venu sonner à la porte de Djian pour s'excuser de l'avoir fait figurer parmi les lectures des bobos parce que ... son nom rime avec celui de Cioran ... on est encore plus sidéré d'apprendre qu'il aura fallu DEUX ANS à Yann Plougastel pour recueillir ces propos si ... frais.
Le week-end précédent, trois policiers municipaux ont en fin d'après-midi à Juan-les-Pins, contraint un jeune nord-africain à retirer un tee-shirt sur lequel figuraient les initiales NTM ; en dépit des protestations des passants, sérieusement rabroués, il est reparti humilié et torse nu.
Vous ne voyez pas le rapport ?
On ne veut plus voir les rapports ...
Ceux qui ne vendent pas de livres sont des pervers décadents, le pédophile est l'Ennemi Public n °1 et les choses sont de plus en plus simples.
La rhétorique sarkozienne, pleine de frais bon sens, fait des ravages jusque dans nos rangs : ce n'est pas seulement la corrida qui est menacée par ces âmes éprises de positif mignard et d'étouffement câlin du négatif, c'est aussi la Littérature, l'art, la pensée même.