Winter is coming, 2 par Jean-Yves Bochet

Les Incitations

03 mars
2021

Winter is coming, 2 par Jean-Yves Bochet

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 Le canapé rouge

 

 

 

 

J'avais au moins trois bonnes raisons de ne pas regarder « En Thérapie ».
Lire Freud m'a beaucoup ennuyé et je me suis toujours méfié de la psychanalyse.
« En Thérapie » est l'adaptation d'une série israélienne « BeTipul », dont on a pu voir en France, la version américaine « In Treatment » avec Gabriel Byrne, dont je m'étais lassé très vite après deux ou trois épisodes.
Et enfin, les concepteurs et co réalisateurs d' « En Thérapie » sont Éric Toledano et Olivier Nakache, dont les films comme « Intouchables » ou « Le Sens de la fête » ont rempli les salles mais n'ont provoqué chez moi, à leur vision, que quelques rares sourires crispés.
Alors, peut-être est ce la présence au casting d'acteurs comme Frédéric Pierrot ou Reda Kateb et celle de Pierre Salvadori comme réalisateur d'un quart des 35 épisodes qui m'ont décidé à regarder cette série, qui est en train de devenir le plus grand succès de la chaine Arte avec déjà plus de 13 millions de vues depuis sa mise en ligne sur le site arte.tv.

En s'adjoignant les compétences de David Elkaïm et Vincent Poymiro, créateurs de la série « Ainsi soient-ils », Éric Toledano et Olivier Nakache ont construit leur programme en 7 cycles de 5 épisodes, qui relatent, presque en temps réel (chaque épisode durant entre 20 et 30 minutes), les séances chez le psychanalyste de plusieurs patients, le dernier segment de chaque période montrant le praticien allant s 'épancher chez une ancienne amie et mentor, tandis qu'à la fin du cycle tout le défilé des patients recommence, dans le même ordre.
Le thérapeuthe joué par Frédéric Pierrot, reçoit ainsi dans son cabinet au décor un peu vieillot et au canapé rouge fatigué une jeune chirurgienne amoureuse de lui (Mélanie Thierry), un couple en crise (Clémence Poesy et Pio Marmai) une jeune championne de natation aux envies suicidaires (Céleste Brunnquell) et un flic de la BRI qui se pose beaucoup de questions sur le sens de sa mission (Reda Kateb) tandis que l'analyste contrôleuse, est interprétée par Carole Bouquet.
La série a tout d'abord un intérêt pédagogique. Après avoir vu les 35 épisodes, on a, en effet, une idée assez précise de la manière d'opérer d'un psychanalyste ou, en tout cas, on en a l'impression, ce qui est le principal. Une fiction française qui immerge le spectateur dans un univers soignant, même si ici, on a plus affaire à une médecine de l'âme, j'en connais très peu. Les plus âgés d'entre nous se rappellent peut-être « Médecins de nuit » créée par Bernard Kouchner à la fin des années 70, à la gloire de SOS Médecins, dont je ne me souviens que de la musique entêtante du générique avec ces trois notes stridentes de sirène d'ambulance et de la voix de Catherine Allégret qui indiquait à ces médecins noctambules leurs différentes missions. Plus récemment on peut citer « Hippocrate », créée par Thomas Litti, médecin lui aussi, développée à partir de son film au titre éponyme , dont on devrait voir très prochainement la saison 2. Un virus inconnu ayant tué un patient, tous les médecins titulaires d'un hôpital sont mis en quarantaine dans un hôtel. Quelques internes, des infirmières et un médecin légiste font face à cette situation chaotique. La série montre tous ces personnages dans leur pratique quotidienne de la médecine dans des conditions particulièrement difficiles, avec en parallèle l'évolution personnelle de chacun, avec pour presqu'unique décor les couloirs et les chambres d'un hôpital.
Il y a là des points communs avec « En Thérapie » qui saisit aussi bien la cure psychanalytique que ses conséquences sur le comportement des patients et du praticien et cela, en restant pratiquement toujours dans un seul lieu : le cabinet de l'analyste. Mais à cette construction, commune à de nombreuses créations télévisuelles, s'ajoutent deux choix scénaristiques qui complexifient la série et la rendent particulièrement addictive.

Tout d'abord, Tolédano et Nakache ont eu l'idée de situer l'action de ces cures psychanalytiques quelques jours après les attentats du 13 Novembre 2015, le souvenir de ces tragiques événements étant là, comme une présence fantomatique, pendant la cure, d'autant plus que deux des patients ont, pour des raisons différentes, été acteurs ou témoins des conséquences de cette tragédie.
Ensuite, cette série recèle un élément ludique, unique j'en conviens, mais qui constitue à chaque épisode un moment amusant, celui de l'analyse proprement dite, ce moment où Frédéric Pierrot, après l'avoir questionné puis écouté, tente de trouver une explication psychanalytique aux interrogations inquiètes de ses patients. Il y a là un jeu tout à fait réjouissant, un jeu de mots, entre l'analyste, l'analysé(e) et le spectateur, qui se demande à chaque épisode, à l'écoute du patient, comment le praticien va jouer avec ces récits, souvenirs lointains ou rêve de la semaine, pour en fabriquer un pansement verbal et psychanalytique qui rassurera le patient et fera s'exclamer une fois de plus le spectateur ébahi et amusé : bien joué docteur !
La réalisation elle même n'est pas en manque d'idées puisque, au fur et à mesure de l'évolution, à la fois de la cure et du comportement des protagonistes de l'histoire, thérapeute et patients, le cadre, pendant longtemps fixe du cabinet au canapé rouge élimé, s'élargit, englobant parfois la rue, puis d'autres lieux, tandis que s'insinue lentement un certain chaos dans la vie de tous les personnages.

En définitive, je pense qu'il y a beaucoup de raisons de regarder « En Thérapie », alors installez-vous confortablement sur le canapé.

 

 

En Thérapie
35 épisodes
Éric Tolédano et Olivier Nakache
Arte/Arte.Tv

 

Le commentaire de sitaudis.fr

Saison 1, épisode 2 d'une chronique régulière du même auteur et consacrée aux séries.