La Vraie vie, Anaël Castelein par Johan Grzelczyk

Les Parutions

20 déc.
2020

La Vraie vie, Anaël Castelein par Johan Grzelczyk

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La Vraie vie, Anaël Castelein

« La vraie vie » d’Anaël Castelein se déballe comme une pochette surprise qui ne se prend pas au sérieux et qui réunit un ensemble de documents imprimés en risographie et façonnés à la main par les éditions Karbone. Différents formats, différents papiers, différents supports (recette de cuisine, quiz, cahier photos, recueil de poésie…) pour bien faire le tour de la question, à savoir cette « vraie vie » qui pullule sur les fils de discussions, les textos et autres tweets, soulignant en cela la distinction - dans les faits toujours plus niée - qui existerait entre notre vie physique et notre existence sociale : « les visages de ces personnages ont été créés par l’algorithme Stylgan2 / Ils n’existent donc pas dans la vraie vie ».

Les forums de discussion, leur métissage de punchlines issues de la variété hiphopisée,  de philosophie de comptoir et de langage technique, voici le genre de non-lieux 2.0 dans lesquels Anaël Castelein aime à faire semblant de perdre son temps. Dans les faits, c’est là qu’il trouve matière à nourrir les pages de la revue Bizoubiz dont il est l’un des fondateurs (revue qui se caractérise par son parti-pris de traiter sur un même pied des documents de sources variées puisés sur la toile et des créations originales d’auteurs réunis pour l’occasion) et à saisir l’air du temps par le bout de la langue : « donnez du peps à votre pouls mou / revitalisez-vous / vivez la vraie vie la vraie ! / et enfin, rien que pour vous, / promo de 13 % sur les battements de cœur ».

Slogans publicitaires pour startup nation confinée, putes-à-clic et autres mots-dièses vides de sens mais forts en gueule, dialogues sourds et enchâssés comme perçus au travers d’un zapping convulsif, novlangue managériale pour mieux vendre la médiocrité d’un quotidien dont l’auteur se sent toujours plus dépossédé (« des machines à lundis / des chaînes de production de mardis / des mercredis prototypes / des jeudis merdiques et des vendredis copier-coller »), tels sont les ingrédients de ce corpus gourmand qui fait volontiers impasse sur le bon goût et ne rechigne pas à l’emploi d’images improbables « comme une armada de piranhas aux canines aussi tendres à cœur que des géraniums ».

Étonnant mélange de culture mainstream et de culture classique (l’air de rien, on y croise Sophocle et Sénèque, et même Nietzsche en sous main) servi par un  rythme échevelé, « La vraie vie » est une expérience de lecture à la fois drôle et désespérée, tout à fait à l’image de son sujet.

 

Le commentaire de sitaudis.fr

Éditions Karbone, 2020
64 p.
10 €


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