Off de Henri Droguet par Alexander Dickow

Les Parutions

04 janv.
2008

Off de Henri Droguet par Alexander Dickow

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Tel lecteur s'étonnera peut-être de voir sur Sitaudis la blafarde et trop omniprésente face des Editions Gallimard : on connaît bien, ici, les défauts de certaines grandes maisons d'édition, est-ce une raison pour ignorer leurs efforts lorsqu'il s'agit, comme en l'occurrence, de livres exigeants ?!

Il y a dans OFF des paysages, des marines, des nuages et des oiseaux, certes, mais rêches, ravagés, enroués : beaux, jamais jolis. Le paysage poétique est devenu un peu genre mineur, puisqu'on aurait tendance à en faire méditations, contemplations et soupirs pires encore, bien drapés dégoulinants d'enflées périphrases.
Rien de cela chez Droguet; en revanche, beaucoup de délicieusement âpres et jouissifs rien:

« que vienne brume...
    querien ne
 rien »

Ce sont les riens comme on les aime, de la langue cache-misère (dixit Droguet), des riens qu'on ne se lasse pas de malaxer et de remâcher tant on y trouve d'angles et de bosses rugueusement agréables. On dit en anglais crisp pour croustillant ; aussi y a-t-il chez Droguet une langue si crispée qu'on y mord goulûment rien que pour entendre le crépitement.
Petit reproche cependant: OFF propose un peu ce qu'on trouvait (de bon) chez l'auteur depuis quelques livres: mais cela n'importe pas pour ceux qui le découvrent, OFF étant une digne initiation. Au demeurant, le dernier bouquet du livre offre quelques pièces plus effilées, en anticipation d'une évolution à venir:
peut-être y verra-t-on davantage ces époustouflantes chansons enfantines qui grincent si bien :

« ...et tout qu'on n'en parle plus
miquelets et lanturlus
va-nu-pieds et lustucrus
les jacques croque-menu
qu'ont semé fauché vécu »