rien n'aura eu lieu que le lieu par Éric Houser

Les Célébrations

rien n'aura eu lieu que le lieu par Éric Houser

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pour Anne-Marie Albiach

 

 

 

Aujourd’hui, la poésie d’Anne-Marie Albiach, et en particulier État, m’apparaît comme un champ de ruines magnifiques. Pourquoi ? Un champ, parce que nul autant qu’elle (avec Claude Royet-Journoud) n’aura à ce point, avec une exigence quasi-surhumaine, ouvert le champ. Nous, les petits schtroumpfs bleus de 2012, avons pour devoir de nous incliner, devant cela. Car c’est bien une telle œuvre qui aura permis à tant de gestes d’écriture postérieurs, et de beaucoup moins conséquents, d’exister. De ruines, parce que nul autant qu’elle (avec Claude Royet-Journoud) n’aura à ce point montré la langue, ce qui ne se dit pas, mais peut seulement être montré (pour reprendre la typologie wittgensteinienne). Dans ses éclats, dans ses jointures (ce sont eux.elles, ces éclats, ces jointures, que j’appelle ruines). Il doit sauter aux yeux de quiconque approche cette poésie qu’il s’agit avant tout de montrer, de rendre visible (et non de faire entendre). Magnifiques, cet adjectif se passe de commentaire. Magnifiques, parce que les champs désespérés ont toujours été les plus beaux. Magnifique, parce que dans son fond latin, ce mot désigne quelque chose de noble, de généreux et de somptueux. Je pense, aussi, à une certaine Marie.