Le potentiel érotique des villes. Prière d’insérer. par Éric Houser

Les Incitations

06 févr.
2024

Le potentiel érotique des villes. Prière d’insérer. par Éric Houser

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L’idée de ce petit livre a surgi alors que nous marchions Dominique Cerf et moi, par un samedi ensoleillé, sur la place de la Comédie à Montpellier. En fait j’avais déjà ce sujet en tête depuis pas mal d’années, enfin pas vraiment comme sujet « plein » mais comme quelque chose de lié à la circonstance. Sans que je puisse expliquer ce que j’entendais par cette expression, « potentiel érotique » des villes, je ne pouvais que constater que telle ou telle ville avait un tel potentiel, telle ou telle autre aucunement, ou à un degré moindre voire bien moindre. Et que ce potentiel, il suffisait de faire quelques pas dans la ville pour le reconnaître, ou déplorer son absence.

 

À Montpellier, nous avions été un peu agacés par une exposition, réconfortés par une acquisition, intrigués par une sculpture dans un parc. L’exposition du musée Fabre, consacrée au sculpteur Toni Grand, nous avait agacés en particulier par l’imposition de socles qui tuaient les œuvres, nous semblait-il, et les remplaçaient par des « sculptures parasites » que l’artiste, nous semblait-il, aurait violemment repoussées. Le réconfort était venu, à la librairie Sauramps, par l’acquisition du catalogue d’une autre exposition, non à Montpellier mais à Metz, catalogue intitulé (comme l’exposition elle-même), Lacan L’expo. Il restait deux exemplaires de ce catalogue dans la librairie, nous en avions pris chacun.e un. Après cela, pour atténuer peut-être l’angoisse post-achat qui est toujours un peu au rendez-vous après une dépense imprévue, nous étions allés nous asseoir dans le jardin de l’Esplanade près de la librairie (et d’ailleurs près aussi du musée Fabre, à mi-chemin à peu près) : là, assis sur un banc et devisant, nous nous étions aperçu que quelque chose se nouait entre notre duo (bancal) et la statue de Marsyas, dont nous apprîmes qu’elle était l’œuvre d’un certain Villeneuve et qu’elle datait de 1904. De Marsyas à l’issue de son élimination par Apollon (qui n’avait pas supporté d’être défié plutôt que déifié), il ne restait que, d’après la légende, non pas la peau sur les os, mais la peau sans les os. Plus que la peau (un peu comme une écorce de Toni Grand à l’issue d’une opération patiente exécutée sur un tronc d’arbre). Difficile de conclure de tout cela que Montpellier était dotée, ou non, de potentiel érotique. Après coup, je me dis que l’on pourrait aller dans les deux sens avec la même assurance.