Archives, pour un monde menacé d'Anne Waldman par Jean-Marc Baillieu

Les Parutions

26 juin
2014

Archives, pour un monde menacé d'Anne Waldman par Jean-Marc Baillieu

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1

 

 

 

La belle Collection américaine, dirigée par Olivier Brossard aux éditions Joca Seria, s’enrichit de cet ouvrage original d’Anne Waldman, « grande figure de la poésie américaine », liée à « l’école de New York des poètes » et à la Beat Generation, se définissant comme « excessive » dans la vie et dans des écrits, des poèmes qui sortent du cadre de diverses manières (vignettes, énumérations, auto-interpellations,…) comme pour pointer du doigt, voire dénoncer, d’où une certaine véhémence que le temps n’éteint pas tout à fait. Les quatre sections inégales (40 p., 18 p., 9 p., 48 p.) de ce livre non bilingue correspondent à quatre livres d’A. Waldman : c’est donc à une œuvre originale que nous convie le traducteur Vincent Broqua, une « lecture-traduction » (de quatre livres publiés dans la collection Penguin Poets de 2000 à 2013), le titre ayant été choisi en accord avec l’auteur. A la croisée de chemins, entre autres la concision de Robert Creeley et la litanie d’Allen Ginsberg, l’écriture dite expérimentale d’A. Waldman, n’est cependant pas illisible, elliptique ou formaliste, et ce du fait d’un ancrage certain dans la réalité d’un quotidien, plus ou moins proche, teinté de politique et de bouddhisme, un engagement éthique, humain, avec un souci constant de l’oralité (jusqu’à la « performance »). On peut effectivement rejoindre le traducteur dans sa postface quand il parle pour le lecteur d’ « une expérimentation langagière intensive de la relation entre les mots et le monde » où l’exploitation de l’archive n’est pas absente (cf. par ex. pp.30-32 à propos du lamantin) mais toujours vivifiée par la présence active, respirante de la poète(sse). Et la grande réussite de l’affaire est, à mes yeux, de nous donner à lire en un ouvrage original une « lecture-traduction » de quatre livres qui révèle une intensité que la lecture seule des quatre ouvrages-source pourrait masquer. Vincent Broqua ne s’est pas contenté de traduire un livre, ou deux, ou trois, il fait office de passeur cherchant à transmettre son enthousiasme, son empathie pour une œuvre, un auteur qu’il nous invite ainsi à découvrir plus avant, aux antipodes de ces anthologies « personnelles » posthumes souvent composées par des éditeurs peu scrupuleux . Ce parti-pris de « co-autorat » pourrait être périlleux, mais le « plus-que-traducteur » V. Broqua s’en sort ici avec brio, et nous ouvre les portes d’une œuvre, nous invite de fait à y aller voir plus avant, de plus près.