Au lieu d'écrire de Benoit Galibert par Jacques Barbaut

Les Parutions

04 déc.
2018

Au lieu d'écrire de Benoit Galibert par Jacques Barbaut

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Au lieu d’écrire, qui est le titre duplice et astucieux d’un concept, constitue un dispositif, une série, une revue — en trois bandes :

 

1/ une photographie de Benoit Galibert au format poster mettant en lumière le lieu de travail d’un.e écrivain.e présenté.e in absentia « il ne s’agissait pas de photographier le génie des lieux posant à son bureau le menton sur la main, seulement son environnement de travail vidé de toute présence physique », précise l’initiateur ;

sur l’autre face : 2/ une citation du dit ou de la dite,

3/ un texte demandé à un.e autre écrivain.e qui associe à l’image « un point de vue nécessairement variable ».

 

#1

verso : selon la photographie, prise en juillet 2015 à Bruxelles, Jean-Philippe Toussaint — le dos du fauteuil de travail occulté par une veste — pouvait écrire sur un grand écran Mac, posé sur un vaste bureau métallique semi bordélique, face à un mur blanc immaculé — sac PAN AM, matos Apple, Libération, « la France, roman » —, avec imprimante et lampe de bureau design.

recto : « Vacances », de Natacha Pugnet : « Au lieu d’écrire rassemble 34 photographies ayant pour point commun de représenter un intérieur qui est précisément l’espace de travail d’un-e écrivain-e contemporain-e. […]  Si le photographe revisite ce qui, au XIXe siècle, relevait du domaine pictural, c’est à la suite des Intérieurs parisiens (1910) d’Eugène Atget. Catégorisés en “artistiques”, “bourgeois” et “pittoresques”, les décors fixés par Atget mentionnent la profession du locataire, établissant un inventaire sociologique du goût de classe » — texte qui définit aussi le travail du photographe « comme une manière d’autoportrait oblique », « un autoportrait diffracté où Benoit Galibert viendrait occuper chaque place vacante ».

 

#2

• verso : selon la photographie, prise en décembre 2014 à Digne-les-Bains, Nathalie Quintane pouvait écrire assise sur un siège ascétique a priori peu confortable, dans un coin spartiate, quasi coincée, sur un portable pour le moment fermé ou sur des fiches, ou sur des feuilles, le tout posé sur un bureau austère en bois comportant cinq tiroirs — radiateur, fenêtre à sa droite, télévision, un casque audio.

recto : « je cherche toujours un endroit où écrire », de Cyrille Martinez, « écrit à Kyoto, dans des endroits très calmes » : « Me sont revenues des images d’écrivains qui faisaient du café leur bureau (ou disons une annexe de leur bureau principal) : Verlaine devant sa feuille et son verre d’absinthe. Perec attablé près de la vitrine du Café de la Mairie, place Saint-Sulpice. »

 

#3

verso : selon la photographie où le jour blanc domine, prise en juin 2016 dans le XIXarrondissement de Paris, Valère Novarina pouvait dessiner, écrire, réfléchir, « en train d’inventer la littérature pariétale », sur une table d’architecte face à des rouleaux de papier imprimés suspendus au mur, autres plans de travail, d’autres banderoles jonchant le sol, davantage atelier d’artiste que bureau d’écrivain — un tabouret à vis qui a vécu, un escabeau à l’ancienne, un tapis.

• recto : « journée là », d’Antoine Mouton : « Quant à faire / faire quelque chose assis / faire ça assis plutôt que debout et ici plutôt qu’ailleurs, il n’ose  même pas y penser. »

 

Par l’auteur de la série « Amer » insolite parcours mémoriel sur les routes de France tout à la célébration publicitaire d’une marque apéritive à la gentiane, où participent Barthes et Perec, Brassaï, Doisneau, W. G. Sebald, Spielberg, Boubat, par « plagiat par anticipation » —, découverte sur son site internet —, Au lieu d’écrire distille les portraits en creux de trente-quatre (+ 1) ghosts writers figurés par leurs outils et par leur planche, entre fétiche et vie-tranquille, énigme et invocation (ou « esprit, es-tu là ?... »).

 

 

(Parmi les auteur.e.s visité.e.s, sont attendu.e.s, notamment, dans la collection : Baudouin de Bodinat, Emmanuel Carrère, Thomas Clerc, Maryline Desbiolles, Jean Echenoz, Anne Portugal, Christian Prigent, Clément Rosset.)