Baudelaire d'Olivier Apert par Daniel Pozner

Les Parutions

20 juil.
2009

Baudelaire d'Olivier Apert par Daniel Pozner

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Baudelaire est né il y a 188 ans. Déjà ? Temps qui passe ? La poésie change-t-elle plus vite hélas que le cœur d'un mortel ?

Le temps ce n'est rien quand on dissèque. Sur « une nappe d'étincelante
blancheur », le personnage comme un insecte perdu - dandy, ah oui - fuit dans ses vers, avant la terre il y a le tamis : 73.000 ouvrages (peut-être plus ?) ligne à ligne pré-positionnés (bougez plus !), le reste à la trappe. Tant pour une centaine de poèmes ?
Poèmes là, ici, maintenant.
Voilà, c'est ça : pourquoi quelques poèmes ? Ceux qui les quittent (sortie de route, pour des genres de caniveau), ceux qui y plongent la truffe (esthètes, égarés, les narines pleines de merde). Baudelaire n'est pas un essuie-main.
On le voit, on le sait, Olivier Apert a bien connu Charles Baudelaire. Pas dans les bibliothèques, pas chez les médiums, non, mais dans les rues de Paris, les bars, les ateliers et les musées. Entre amis poètes, on se lit, on s'estime, on se relit, mais quand on se voit, c'est d'autre chose qu'on parle : le monde (arpenté en dandy, forcément), l'art (entendez : la peinture), les dernières barricades (car il faut bien se moquer de soi-même). Trois chapitres, donc - Baudelaire & le dandysme, Baudelaire & la peinture, Baudelaire & la politique. La littérature ? Les Fleurs du mal, Le Spleen de Paris, Mon cœur mis à nu : vous savez où les trouver.

Mais les détails, la chair. Provocations, enthousiasmes, génie, décrépitude, entêtement, lassitude, fierté. La tour d'ivoire de Delacroix, le Paris insensé des gravures de Charles Méryon, le vin du solitaire, les cheveux verts, les ragots, la Belgique « bâton merdeux ». Poulet-Malassis éditeur-confident, Proudhon sauvé d'un complot incertain. Les bourgeois « inoffensifs », un éphémère émeutier, la maman et le beau-père Aupick. Les souvenirs de Nadar ou de Georges Barral. Edgar Allan Poe au long des années. Don Juan revu et corrigé, Apollonie Sabatier « trop gaie », Jeanne Duval effacée par Courbet. Et le tout, vie et œuvre sous l'éclairage du dandysme (ombres comprises).

C'est comme les mathématiques : un peu ardu parfois, mais sans faille. Voyez plutôt.
Ivresse + ennui = imaginaire
Idéal + mélancolie = spleen
Fugitif + immuable = moderne
Foule + solitaire = beauté
Poèmes + flâneur = en prose
Débauche + travail = 300 francs d'amende (vu l'article 463 du Code pénal)
Etc.

Aujourd'hui. « Le vieux Paris n'est plus » - on y croise encore, tard le soir, parfois loin du centre, ailleurs, d'étranges individus, dandys, rageurs, rêveurs, ivres de. Langue élégante, langue provocante, langue moderne : des poètes. Baudelaire ou autres.