forêt contraire d'Hélène Frédérick par Jean-Yves Bochet

Les Parutions

22 mars
2014

forêt contraire d'Hélène Frédérick par Jean-Yves Bochet

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 Jeu de miroir, jeu de construcxtion, jeu de mémoire

 

Fuyant des dettes parisiennes, une jeune québécoise s'installe pour un temps dans l'ancien chalet de ses parents, au fin fond d'une forêt, moderne Walden, de son pays natal. Dans ce refuge, "cube de bois" abandonné et silencieux, elle se redécouvre, se reconstruit et se remémore les bribes d'un passé presque oublié.

"Forêt contraire", qui vient de paraître aux Editions Verticales, est le deuxième roman d'Hélène Frédérick. En 2010, "La Poupée de Kokoschka", journal étrange d'une costumière  chargée par le peintre Oskar Kokoschka de réaliser une poupée  grandeur nature, modèle inerte de son ancienne maîtresse Alma Mahler, était un premier roman d'une rigueur impressionnante. Il contenait déjà, belle promesse, les indices d'une œuvre à venir.

En reprenant dans "Forêt contraire", certains thèmes présents dans "La Poupée de Kokoschka", pour les développer dans un univers différent, Hélène Frédérick s'affirme, sans effet spectaculaire, braillard ou inutile, comme un écrivain dont l'œuvre manifeste une cohérence évidente.

"Je n'ai plus de nom", dit au début du roman cette jeune femme, qui se fera ensuite appeler Sophie par son voisin de forêt, alors que, seule dans ce chalet familial abandonné, elle tente de se retrouver.

Jeu de miroir, jeu de construction, jeu de mémoire, "Forêt contraire" redistribue d'une autre manière ces trois grands sujets que "La Poupée de Kokoschka" traitait d'une façon peut-être encore un peu rigide, mais qui là se déploient très naturellement. C'est avec beaucoup de finesse qu'Hélène Frédérick évoque l'impatience aveugle, sociale et politique des années 70, à travers le souvenir que son héroïne a d'une figure de l'extrême gauche de l'époque et de sa non rencontre avec lui, lors de sa jeunesse tumultueuse, prétexte à une évocation fantomatique d'un passé qui ne s'est jamais passé.

L'ennui, la solitude et le rappel d'événements qu'elle n'a pas réellement vécus pousse Sophie à s'enfermer dans ce double bien pratique qu'elle s'est inventé pour jouer avec André, son voisin comédien ; et, comme le personnage de "La Poupée de Kokoschka", à fabriquer quelque chose de ses mains, en l'occurrence une cabane, sur un petit terrain que lui cède le voisin, entamant là avec elle un jeu qui culminera dans un final sensuel et libérateur.

"Forêt contraire" est un livre intense, à l'écriture précise, d'apparence ténue, mais surtout très tenue et maîtrisée, une fiction sensible, double et trouble, deuxième étape d'une œuvre qui affirme, lentement mais sûrement, son importance.