Je ressemble à une cérémonie de Julia Lepère par Camille Loivier

Les Parutions

22 janv.
2020

Je ressemble à une cérémonie de Julia Lepère par Camille Loivier

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Je ressemble à une cérémonie est le premier recueil de poésie de Julia Lepère dont on a cependant déjà pu lire la correspondance poétique et imaginaire avec Fanny Garin dans la revue Catastrophes et qui anime avec cette dernière la revue Territoires sauriens, attention crocos, on pourrait ajouter qu’elle est comédienne et clown. Eléments biographiques dirait-on mais qui donnent un éclairage sur les poèmes, un éclairage sur ce titre étrange, énigmatique en reliant l’intimité au collectif, le monologue au dialogue. Car ce que l’on remarque d’emblée dans ce recueil c’est une polyphonie de voix qui se rapprochent ou s’éloignent, s’affrontent sans s’opposer, sans s’unir. Je, nous, tu échangent leurs identités, se répondent en laissant se réverbérer dans le vide des échos, des visages de l’amour qui se déchirent. 

Les trois parties du recueil nous mènent du plus proche au plus lointain, et les mots voyagent entre des paysages opposés mais complémentaires comme le côté cour et le côté jardin sur la scène de théâtre. Les vers détachés, espacés, qui respirent, aux relations lâches, souples, font se télescoper des visions, tout en donnant une plénitude aux espaces blancs. Un vers tend la main, par sa simplicité concrète, quotidienne et le vers suivant désarçonne, empêchant à chaque fois que l’on s’installe trop longtemps dans une lecture confortable. L’écriture viserait donc à nous surprendre, à nous réveiller mais aussi à nous entraîner plus loin que les mots vers un imaginaire de gestes et de signes, de sonorités et d’appels. 

Il émane de ce recueil une atmosphère tantôt piquante tantôt plane. Aucun drame, aucune tragédie, malgré les références à Mélusine, à Carthage, des brumes passent, des nuages filent, et laissent appréhender parfois le bleu indigo du ciel. Les paysages reflétés par les yeux sont plus que la nature, ils sont eux-mêmes sujets et parlent, parfois absorbent même la présence humaine : « Sois un arbre que je t’écorche au bord » (p. 37) ; « je m’enlace comme une biche, tu me délaces (p. 39). Tandis que « je pourrais partir je me suis » (p. 85) résume la dépersonnalisation du poème, la dépossession de soi, l’entrechoquement des personnes, dire « je »  ne veut pas dire « je » (on parle de soi ni nous des autres), l’assouplissement de la ligne la rend fluide, et garde l’incertitude, le bâillement en un suspens. 

 

 

 

Le commentaire de sitaudis.fr

 

Le corridor bleu
114 p.
13 €

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