Des mois (extraits) avec des poussins par Fleuri Delawaere

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Des mois (extraits) avec des poussins par Fleuri Delawaere

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Une fois encore ça me rappelle branlette.
Sûr qu'on aimait bien ça Gégé
et Fleuri aussi, et j'en profite
d'être encore ado pour en parler
à ce moment-là. C'est l'histoire
des gares qui me rappellent la minette
qu'on se faisait là des fois.
Le pont qui enjambait la voie ferrée
- Mensuel de la ville disait : « la Passerelle » !
Je dis qu'on s'est branlé
sur les trains - et sur les quais !
Les mémés en étaient plus aux voilettes
mais qu'est-ce qu'on a arrosé !
Nos giclées ratées sur les trains arrêtés
nous ont vite fait découvrir les quais.
C'était après les fourrés et bien
avant appartements blancs. On montait la passerelle
- « la Passerelle » ! vas'y ! juste on passait -
perchés qu'on était au-dessus des deux-voies.
Et vas-y que j'te ! Ah oui !
Deux-trois fois on s'est même astiqué
l'un l'autre - et j'aurais
pu mettre un tiret ! C'était pas
Perrache - la gare - ni celle de Brest
- pas de granit rose - mais oh oui
je peux dire qu'on y allait.
En avant, arrière, pas marchant au pas
- on conchiait les jolies colonies de vacances.
On se dépucelait même, c'est ça
qu'on se disait, puisque l'un
branlait l'autre, que la bite raide
d'un était entreprise par un autre.
On a joui à dix-mètres de haut,
sûr, enfin à peu près. De dix
mètres de haut plutôt ! précisait Patricia, féministe.
En tous cas ça giclait. «a jaillissait
bon dieu ! Par terre, en cheveux mauves,
des fois on visait les cheveux mauves,
parfois les roux et j'aimais bien
- c'est rousse que j'aime bien,
et auburn, et acajou et blond vénitien,
je pense bien aimer ces mots-là et
en image c'est autre chose : Fleuri
aime les parapluies, les filles dessous et
leurs cheveux, n'importe quelle teinte - et
viser les cheveux, bien viser, ah oui !
viser c'est ce que Fleuri préfère
dans la vie, dans la belle life,
oui viser ça marche de manière impossible.
Alors on visait rarement une couleur précise
et on chopait pas mal de cheveux,
et de perruques, de perruques de cheveux,
sans même viser on ratait pas grand-chose
et les jours moutonneux de grands départs
on se régalait ! Fermer l'œil entier
et penser à une amoureuse : no problem !
Pas d'étiquette identitaire sur les bagages
à l'époque : on larguait la charge
anonyme, et dans la gare tous traînaient
la leur, alourdis de notre décharge adolescente.
On devenait léger, on volait tout là-bas,
on se mêlait à notre propre sperme,
disséminant, tressaillant, oscillant en vol d'étourneaux
- Fleuri a toujours été poils et cheveux,
un et des multitudes, no mousquetaire (Stickie),
sorte de mouette - ou sur des sacs
en skaï, des valises pleines à code.
On atteignait toujours tête ou un objet.
C'était une bonne période sans chapeau.
Sans voilette et sans aucun savon carré.
On s'excitait sur voyageur qui passait
en bas, et ça partait en vrille
si Fleuri peut le dire comme ça
- on n'était pas si en souplesse -
sur la peau de quelqu'un passant
dix minutes après - environ, impossible d'être
moins précis. On se sortait la bite
sur une belle blonde et c'est
créature mauve à-l'ancienne qui s'essuyait
des seuls objets qu'on créait sincères
à l'époque. Des fils de sperme
s'étendaient entre amants qui se quittaient.
Tous les poètes évoquent les quais, quais
de gare lorsqu'ils sont bien entrain,
eh bien je peux le dire oui :
on en a faits des poèmes, et
fils que les tourtereaux étiraient entre eux
s'éloignant l'un de l'autre,
on marchait dessus, pieds bien à plat,
en équilibre avec la barre en mains,
ultra-consonance avec la création - sur le fil.
On trébuchait et on manquait de tomber,
sans toutes ces aspirations de frayeurs surprises
pour tout ce cirque ! Pas de ménagerie,
pas de guichet. Non ! Pas de magicien.
Sûr on avait peur toucher les fils
même tombés à terre. Pourtant, encore tendus
entre nous et la terre ferme, oui
c'est peut-être ça qui nous excitait.
Et quand levaient les yeux les voyageurs
perplexes entendaient deux mouettes. La mouette Gégé,
la mouette Fleuri, larguant la dernière goutte.
Notre rire immature devait abuser les pèlerins
je me dis aujourd'hui : on passait
inaperçu sauf des lance-pierres et aux tarés.
Personne ne chope de mouette si facilement
- et je n'étais plus un poussin,
ça non ! Et plutôt avant-gardiste le Fleuri
sur ce point : il savait prendre maintenant
de la distance, c'est d'ailleurs
la solution à toute chose aujourd'hui :
savoir se créer un périmètre de sécurité.
Savoir prendre de la distance, mots magiques.
Les distances, pour Fleuri et le Gégé,
étaient les espaces abrupts qui séparaient quais
et la passerelle ; têtes et les queues.
Surtout on était des mouettes et rien
d'autre, des mouettes dures à choper,
même aux lance-pierres et des vrais tarés.
Etourneaux qu'on tenait éloigner du centre.
Le commentaire de sitaudis.fr Extrait d'un livre (en vers arithmonymes), dont on a du mal à comprendre qu'il ne soit pas publié ...