Sul lago d'Orta par Eugenio Montale

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Sul lago d'Orta par Eugenio Montale

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Le Muse stanno appollaiate
sulla balaustra
appena un filo di brezza sull’acqua
c’è qualche albero illustre
la magnolia il cipresso l’ippocastano
la vecchia villa è scortecciata
da un vetro rotto vedo sofà ammuffiti
e un tavolo da ping-pong. Qui non viene nessuno
da molti anni. Un guardiano era previsto
ma si sa come vanno le previsioni.
E’ strana l’angoscia che si prova
in questa deserta proda sabbiosa erbosa
dove i salici piangono davvero
e ristagna indeciso tra vita e morte
un intermezzo senza pubblico. E’
un’angoscia limbale sempre incerta
tra la catastrofe e l’apoteosi
di una rigogliosa decrepitudine.
Se il bandolo del puzzle più tormentoso
fosse più che un’ubbia
sarebbe strano trovarlo dove neppure un’anguilla
tenta di sopravvivere. Molti anni fa c’era qui
una famiglia inglese. Purtroppo manca il custode
ma forse quegli angeli (angli) non erano così pazzi
da essere custoditi.

                                                                                      [1975]

 

 

 

Sur le lac d’Orta

 

 

Les Muses se tiennent perchées
sur la balustrade
à peine un souffle de brise sur l’eau
il y a quelques arbres illustres
le magnolia le cyprès le marronnier
la vieille villa est décrépie
par une vitre cassée je vois des sofas moisis
et une table de ping-pong. Personne ne vient ici
depuis des années. Un concierge était prévu
mais on sait ce qu’il en est des prévisions.
C’est étrange l’angoisse qu’on éprouve
sur cette rive déserte sableuse herbeuse
où les saules pleurent vraiment
où stagne indécis entre la vie et la mort
un intermède sans public. C’est
une angoisse limbique toujours incertaine
entre la catastrophe et l’apothéose
d’une luxuriante décrépitude.
Si la solution du puzzle le plus torturant
était plus qu’une lubie
il serait étrange de la trouver où pas même une anguille
n’essaie de survivre. Il y a longtemps habitait ici
une famille britannique. Hélas il manque un gardien
mais ces anges (angles) ne devaient pas être assez fous
pour être gardés. 

                                                          (Cahier de quatre années, 1977)

trad. Jean-Charles Vegliante
(1ère éd. La N.R.F. 370, 1983)

 

Le commentaire de sitaudis.fr

Poème en langue originale d'Eugenio Montale (1896-1981),
suivi de sa traduction par Jean-Charles Vegliante