TRADUIRE HOPKINS par Benoît Casas

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

TRADUIRE HOPKINS par Benoît Casas

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La rencontre avec la poésie de Hopkins a été
mon grand choc en matière de poésie (1994).
J'ai très vite lu l'intégralité des traductions existantes
(même très anciennes, épuisées, en revues...) et je
me suis cogné avec insistance (un mot de circonstance)
au texte anglais, à cet anglais si singulier : celui d'Hopkins.
Mon niveau d'anglais est assez moyen et je n'ai, jusqu'à ce
jour, traduit aucun autre auteur qu'Hopkins; je me suis
imprégné longuement de sa langue, je l'ai beaucoup lu,
intériorisé; je ne connais pas d'autre poésie qui propose
un tel alliage de densité et de vivacité, pas de plus grande
rapidité. Je cherche, bien sûr, à être fidèle à Hopkins;
mais quelle fidélité ? Fidélité à ce qui fait la singularité
de la langue-Hopkins : son rythme, sa scansion, son efficacité...
Tentative de restitution en langue française de l'invention
de la langue-Hopkins. Et ce n'est pas sans enjeu : détacher
Hopkins de la captation spiritualiste par exemple. Refuser
la traduction périphrase-explication de texte.
Un poème d'Hopkins c'est un bloc énergétique et c'est ce
que je cherche à restituer en français via parataxes et
perte d'équivocités.
(B.C.)



ILLUSTRATION



God's Grandeur


THE WORLD is charged with the grandeur of God.
It will flame out, like shining from shook foil;
It gathers to a greatness, like the ooze of oil
Crushed. Why do men then now not reck his rod?
Generations have trod, have trod, have trod;
And all is seared with trade; bleared, smeared with toil;
And wears man's smudge and shares man's smell: the soil
Is bare now, nor can foot feel, being shod.

And for all this, nature is never spent;
There lives the dearest freshness deep down things;
10And though the last lights off the black West went
Oh, morning, at the brown brink eastward, springs-
Because the Holy Ghost over the bent
World broods with warm breast and with ah! bright wings.

(Gerard Manley Hopkins, 1844-89)


God's Grandeur


Le monde est plein de la grandeur de Dieu.
Elle vient jaillir, lueur brusque de feuille d'or,
Ample elle s'amasse comme l'huile pressée
Gicle. Pourquoi se moque t-on de sa force ?
Les générations sont passées, passées. Tout
Est marqué de négoce, brouillé, souillé de labeur,
Porte la crasse de l'homme, l'odeur de l'homme :
Soudain le sol est nu, nul pied ne l'éprouve chaussé.
Et pourtant nature jamais ne s'épuise;
Au coeur des choses vit la douce fraîcheur;
Et si d'Ouest la lumière vacille
Au bord brun de l'Est jaillit le matin
-Car l'Esprit-Saint couvre le monde
D'un sein vif et ah! l'éclat de ses ailes.