Beckett corps à corps de Marie Depussé par Ronald Klapka

Les Parutions

10 déc.
2007

Beckett corps à corps de Marie Depussé par Ronald Klapka

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« [... ] Et comme quoi mieux vaut tout compte fait peine perdue et toi tel que toujours.
Seul. »





Les mots, le matériau du travail d'imaginer, sont nommés tard, au moment où l'on les perd, ce moment où, comme le dit Winnie dans Oh les beaux jours, les mots manquent. La fable n'est nommée telle qu'à la fin, au moment où l'on y renonce. C'est elle qui meurt. Le toi est « tel que toujours ». Le dernier mot, séparé des autres par un blanc, un silence souverain, est précédé de la formulation d'une préférence : comme quoi mieux vaut, qu'on a tort d'oublier. C'est un choix, qui n'est pas la mort, mais ce qui s'interpose entre un sujet et la mort, sa signature. »

La signature ici est celle de Marie Depussé : ce paragraphe clôt Beckett corps à corps, dans la bien-nommée collection Lectures chez Hermann. »

Elle indique en avant-propos :

Mon travail est une suite de lectures attentives, sinon microscopiques, de textes de Beckett, regroupées selon des chemins qui donnent leurs noms aux chapitres. « Le parloir », « Chanter », « D'un asile l'autre », « L'amour de Proust », « Un texte si simple »... Les textes sont cités sur le chemin, sans ordre chronologique. Aux lecteurs d'aller voir dans Molloy, L'Innommable, ou Compagnie, comment c'est. »

Pour autant le livre ne s'adresse pas uniquement aux lecteurs de Beckett, dont il renouvelle effectivement l'approche, celle d'un vivant. Sa manière de se rendre attentif à l'oeuvre lui en ouvrira sans doute de nouveaux, pourvu qu'en soit épousés le mouvement et l'intention.

L'écriture alerte, la vive sensibilité de la romancière, de celle qui s'est adressée aussi bien à un public étudiant qu'à celui de la Borde (« fous certifiés ») ou de la prison, et qui à la première personne dialogue avec son lecteur, nous vaut de très beaux moments d'émotion parmi lesquels les remarques à propos du chant de Winnie « comme le merle, ou l'oiseau de l'aurore, sans souci de profit, ni pour soi, ni pour autrui. » Je n'hésite pas à dire que Marie Depussé a écrit ainsi, et que dans ce qui suit, le chant, lui aussi « doit venir du cœur » :

« Je songe à Macmann, dans Malone meurt, qui, chargé de biner un carré de pensées, le laboure pour retrouver la couleur de la terre. Proust et Beckett, chacun à leur façon, travaillent, comme Macmann le fou, à retrouver la couleur de la terre. »