Cellules de Stéphane Chaumet par Christophe Stolowicki

Les Parutions

16 mars
2020

Cellules de Stéphane Chaumet par Christophe Stolowicki

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Cellules de Stéphane Chaumet

« l’enfant de trois ans et / demi qui avait coupé la / tresse de sa jolie petite / voisine en classe est / toujours en garde à vue / les parents qui ont reçu / aussitôt un soutien / psychologique se sont / déclarés prêts si le / diagnostic de / criminogénisme s’avérait / positif et ce pour le bien / de la société et malgré / leur profonde tristesse à / faire euthanasier leur / enfant »

Jubilatoire. Salubre. Efficace. Elfe y casse les stéréotypes dévastateurs. Effets de grossissement raillant les media cachent le train de quelques angoisses en corps puce. En bas de page vierge, en cursives « Friedrich, les guêpes ont déserté nos tempes »  nietzschéanise généreusement le blanc. La poésie de contrepoint, contrefaçon, taille à l’hydre son caleçon, cale son, allume hier en fusées d’artifice qui retombent sur le fond en italiques d’une sensualité juvénile délicate.

« Clic » à « Clic » en italiques grasses suractivées, la rage contemporaine qui « n’en [veut] plus de ce corps / farci à l’âme depuis des siècles rances » la ramasse à la cuiller dans sa déchèterie de pixels, la réactive en poésie.

Le tour de clef, d’ouverture de cellules, à qui toute matière imprimée ou défilant sur écran est poreuse de poème, comment la nommer ? second degré serait modeste, mise en abyme superficiellement profond, rhapsodie y filerait sa maille entre haute couture et patchwork. Stéphane Chaumet, s’il n’en mésuse, en gifle et rafraîchit sa Muse à tour de bras. Entre martèlement et enclume, polices de caractères y pôles hissent un incisif retombant aux Enfers Sisyphe politiquement convenable.

D’une longue série aimante je retiens « la cruauté sans la méchanceté » si je déplore « la moquerie sans la méchanceté ».

En quatrième de couverture. Décontextualisée aux forceps, la brève note au dos de deux lignes entre parenthèses délie à tout jamais les éditeurs de l’obligation d’une quatrième de couverture explicative sinon venderesse.

Stéphane Chaumet, romancier d’abord (titres récents Même pour ne pas vaincre, Au bonheur des voiles, chroniques syriennes, Les Marionnettes, L’île impasse), reprend souffle, Antée, Colomb, touche terre, terre, terre à ciel dans les dispositifs scéniques, les contrastes graphiques en guise de variation de registres – de la poésie dans tous ses états de désert.

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