Les Extrémités de Bruno Normand par Christophe Stolowicki

Les Parutions

26 sept.
2018

Les Extrémités de Bruno Normand par Christophe Stolowicki

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Étale, à même, textuel de ce qui s’allège, maillé d’ajours un journal de poète dont sourd une pratique tout en ruptures et raccords, fuyant l’accord, se démanchant de barre en barre oblique, se recentrant en capitales de la verdeur acquise, rechargée de ses blancs. Chargée à blanc. Inchoative du partage. D’éblouissement infime dans la citation que rompt, qu’étire un goutte à goutte vertical – cruciforme. Christique de ses mantras.  

 

Citant sans lésiner. Résorbant ses e muets. Tout en exuvies dans l’entre-deux néants d’un muant. À grand écart de registres, d’écartèlement rompu concassé, à telles extrémités rendu : de probité dans le souffle court ou cursif, à ce second degré de retranscription dont gardent trace les barres obliques, les points de suspension entre crochets avec ou sans guillemets, « nous », « nus », « loups » à la « loupe » lâchés dans le pré, dans l’après.

 

Où un amour balbutie sur demande le mot « bite ». D’amarrage en bouche, de décrochage en boucle, de but en banc de touche. Où les barrières de dégel d’un lyrisme laissent filtrer leur « ô ».

 

Où l’authentique par modestie, s’amenuise en ô tantrique. Où de rebut délibéré ne scintille aucune perle de la plus belle eau. À ras, à même de « donner à la vie telle qu’elle est d’être une œuvre, de la lire comme telle, de la signer ainsi / incongrue, imprévisible / renversante », à bout touchant de tir à blanc afin que bave la lumière. Prime hère  suspendu aux lèvres de la plaie, de l’aplat. Testant les aléas formels de la sincérité.

 

 « est-ce possible cela, que tu prennes parfois le corps d’une phrase, d’un texte, d’un paysage »

 

Recopiée en capitales de l’insignifiance ordinaire une page d’annuaire, colorée à la lettre K par l’afflux en Loire-Atlantique de consonances pérégrines. Listés des défunts dans un cimetière. Pour réparer qu’entre julots l’on s’émerveille de l’écarlate des grandes lèvres de noires, « dans la suie d’un corps encore lever la tête vers ce qui n’est point corps // entrevoir un dehors intime ». « Laura peut tout entendre [de plus raide], elle semble une inconditionnelle de toutes les conneries que je peux raconter » quand « toujours j’oscille entre deux m/ondes ». Le compas qui trace son grand arc dédaignant de forclore  folklore.

 

En immersion d’’érotisme diffus, touffu. D’accord plaqué arpentés terres et marais, abbayes et couvents chargés d’Histoire, plus armoricains que bretons. Omniprésente la croix pleine page qui croît sans Dieu, l’innommé, Dieu infus en syncrétisme, Dieu réfuté où le Christ ne l’est pas.

 

Arasé l’élémentaire à traces de strates. En (in)fusion de l’objet, du sujet dans l’intransitif absolu (« pour dire rien, le rien, pour dire quoi / ce corps (je) l’habite le monde »), en plus adjacent que parataxe démembrée la symphonie grammaticale d’un cuistre être-là.

 

Ni métier ni bagnole puissante (BMW) occultés. Le rhapsode ne joue pas au poète, il s’est déconstruit, délivré poète.