Revue Europe, avril 2018, Hubert Lucot par Jean-Marc Baillieu

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07 août
2018

Revue Europe, avril 2018, Hubert Lucot par Jean-Marc Baillieu

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Pour H.L.  (Hubert Lucot)

 

L’essentiel (225 pages soit 60 %) incontournable et indispensable du n°1068 (avril 2018) d’Europe est consacré à Heiner Müller (1929-1995) via vingt intervenants et sept textes (40 pages) du maître. Après ce fort dossier de grande qualité, un cahier de 45 pages s’intéresse de manière fragmentaire à Hubert Lucot, né en 1935, mort à la mi-janvier 2017. Il est possible d’être concis, précis et pertinent : chacun en quatre pages, Claude Burgelin (Lucot le découvreur), Christian Prigent (Un écrivain) et Alain Frontier (L’étant d’Hubert Lucot) mettent l’œuvre (qu’ils suivent, connaissent et apprécient de longue date) en perspective : ils ouvrent des pistes aux lecteurs novices et chevronnés de cet auteur. Les huit pages laborieuses de Vincent Metzger (Lucot « écrivain de l’extérieur ») apportent peu, ses outils généralistes de micro-analyse le conduisent à, par exemple, ne considérer « les livres à référence autobiographique affichée » qu’à partir de Sur le motif (1995), ou à pister le mot « roman » réduit à une catégorie aseptisée en oubliant qu’Hubert Lucot (aussi lecteur de romanciers du XIXème) est contemporain du Nouveau Roman et fréquenta les animateurs de Tel quel, qu’il faut donc, au cas particulier, historiciser ce mot qui donna lieu à moult réflexions, débats, et pratiques plus ou moins expérimentales quand H.L. déployait son œuvre. Nous sont aussi données à lire sept pages extraites de Vers la machine, « deuxième chapitre d’AMT II, un livre inédit qu’H.L. a écrit de l’été 2015 à l’été 2016 », et Moments de parole, trois entretiens avec Geneviève Huttin (1951-2018) entre avril 2016 et janvier 2017 filmés par Mathias Pérez qui avait entrepris un film sur H.L. : l’hôpital est présent dans ces vingt pages qui révèlent un H.L. atteint, affaibli par un cancer et son traitement. Il ne faudrait cependant pas réduire l’homme et l’œuvre à sa dernière année de vie, et ainsi. D’autres que moi avaient été surpris, voire choqués par le film (2016) de Jean-Paul Hirsch sur le site de son principal éditeur (P.O.L) présentant alité en fin de vie un H.L. qui, certes, n’hésitait pas dans ses écrits (jusqu’alors pas à l’écran) à exhiber l’intime. Face à cela, il ne faudrait pas oublier la formidable entreprise d’écriture d’H.L. plus de cinquante années durant, il ne faut pas réduire l’œuvre d’H.L. à ses tout derniers ouvrages qui ne sont qu’émergence d’un « iceberg » dont on aura une idée plus juste avec « Lucot, H.L., Hubert Lucot / rencontre avec Didier Garcia » , un dossier complet de 250 pages (éd. Argol, 2008) qui n’a rien perdu de sa pertinence (thèmes de l’entretien, iconographie, chronologie contextuelle par Katy Rémy, bibliographie), en attendant mieux.