Claude Minière : L’espace entre l’éclair et le tonnerre par Pascal Boulanger

Les Parutions

26 avril
2022

Claude Minière : L’espace entre l’éclair et le tonnerre par Pascal Boulanger

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Claude Minière : L’espace entre l’éclair et le tonnerre

 

Quel monde révèle le poème, quelles intuitions, émotions, sensations premières ? Claude Minière, d’un livre à l’autre, en poésie comme dans ses essais (sur Melville et Pound notamment), reprend toujours l’initiative par écarts et échappées. Voilà un écrivain qui, depuis son premier livre publié au Seuil en 1968, croit aux ressources de la poésie, à condition de l’envisager non pas comme un éternel reportage mais comme saisi et dessaisissement, musique des instants et pensée historiale, dérive joyeuse ou grave dans l’espace entre l’éclair et le tonnerre. Refusant l’apaisement du fini et des bornes, l’émiettement du temps et l’épargne, les poèmes concis de ce recueil s’inscrivent dans l’espace d’une volonté – ils pensent leur dépense – et ils ouvrent le tranchant, trouvent l’éclaircie qui déchire la vieille trame usée du monde. L’épiphanie se guette, elle est trouée dans le tissu du social global, temps et espace condensés font surgir des points de saillis. L’orage métaphorique, dans sa déchirure et son entaille, chasse bruits et bavardages. Des déplacements ont lieu dans l’air atomisé, la vitesse de la notation dépasse la représentation lisse du monde. Car la poésie ne donne pas à voir, elle éprouve la modalité d’un recours, son énergie première, elle est, avec Minière, sensations dans les tensions permanentes, nécessité de rassembler les trajectoires paradoxales : Et que ma poésie soit rivière : / unité au travers des ruptures / brusques changements d’humeur / éclaircie et anciennes rumeurs / Ponto sous les ponts / tourment et plages paisibles. Pourquoi sommes-nous si pauvres en exclamation ? Parce que nous ne savons plus ni voir ni entendre la chair à la source accordée. La séquence Rivières (commune du sud-ouest), est aussi un hommage à l’hymne lumineuse d’amis peintres (Claude Viallat, Julius Baltazar).

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