Des fois que je tombe de Renée Gagnon par Christophe Stolowicki

Les Parutions

19 août
2018

Des fois que je tombe de Renée Gagnon par Christophe Stolowicki

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Première de cordée du mot à mot dont le corps se démembrant, épelant ses organes détache sur les parois du vide quelques sacrificiels appâts (« j’enverrais veines au poste / puis le reste – main frêle, cou, estomac / le reste suivrait » mais « calfeutre gorge colmate artères »), de tectonique implacable dévissant muette ajourée ; de poème en poème pansant sa béance, comme on étrille Pégase lâchant son boucane, son fumet pleins gaz ; sur « 40 075, 017 km » à l’échelle canadienne d’un continent perdu s’interpelant « petite », déchaussant Poucet de bottes de non-lieu ; de telle syntaxe du vide que seul le poème imprime, désarticule, esquive et rétablit, cul-de-jatte de ses articles tant définis qu’indéfinis, de substantif à substance quêtant sa provende ; de barres obliques intempestives cassant le vers à vers ; apposant sans recul à plusieurs coups son arme de tir à blanc, en filature de l’image faisant feu à balles réelles sur ce qui éteint en elle la nomenclature veinulée du corps sans accord ni raccord ; hoquetant à « secousses » élémentaires dont rien ne se syncope ne s’éparpille, n’aide à mourir ; transitive primale (« marche tes pas, petite / branle vers ce qui tremble plus / tremble ») ; à qui « lettres []manquent » non les mots du corps à corps exsangue de dissection amorphe, d’écorchure sourde acquise ; qui « moi chose me devient me trouve » quand je ne sais plus parler et que le corps se disloque où chaque loque a cité ; rompue à la ligne en place de grève de tout rejet, d’enjambement de quel néant, basculant mécanique de la première à la troisième personne du singulier universel pour concasser tout romanesque – Renée Gagnon, à mots galets non cailloux, en mue perpétuelle puerpérale dépose ses peaux vives, contracte la grammaire en tropes premières, de sa Belle Province nous infiltre de son grésil.