Kbach de Christophe Macquet par Lambert Castellani

Les Parutions

10 sept.
2012

Kbach de Christophe Macquet par Lambert Castellani

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1

 

C'est un petit livre. Par le nombre de ses pages, son format. Je me méfie de « c'est un petit livre » comme de « c'est un petit vin ». Les petits vins sont ainsi épinglés pour la fierté de ceux qui les ont trouvés. « Goûte ce petit vin » : condescendance abrutie. Méfiance.

 

            C'est un petit livre à propos d'un grand voyage. Méfions-nous des gens qui voyagent. Ils reviennent toujours avec de petites choses qu'ils n'oublient pas. Ils ont toujours croisé un petit monsieur qui en savait long sur la vie, dans un petit bistrot so couleur locale, dormi loin des touristes (!) dans une petite crique, dans un petit hôtel, un petit coin de paradis. Les gens qui voyagent en grand reviennent avec du tout petit. Les gens qui voyagent en grand reviennent grandis parce qu'ils ont croisé de petites gens. « On s'est fait un petit périple » : condescendance abrutie, achtung !

 

            L'auteur de KBACH revient du Cambodge. Le choc (KBACH est une déclinaison de « se briser ») est tel (la vie, mon vieux, n'a pas la même valeur partout) qu'il décide que ça vaut d'en parler. Mais pas à ses collègues ou à sa maman, non, mais à ceux qui lisent de la poésie. Il se sent gronder des frontières, et pour que ça se calme de par là, pas le choix, il faut transmettre du sentiment, de la sensation, trouver le juste mot juste au bout de la langue, bref...L'auteur de KBACH nous invite à poéter dans l'à soi.

 

            Oh putain. Là, là, celle-là elle va être raidosse. Méfiance, acthung, tous les témoins au rouge. On va encore se farcir les putes, boxe et combats de coq, face au soleil qui chauffe les fruits mûrs ou les murs de cailloux, ou d'autres conneries qui l'émussent, sûr.

           

            J'ai ouvert ce livre comme on fait ses devoirs le dimanche.

 

            Je l'ai ouvert, et je me suis tapé les putes et les combats de coq, le reste. Mais.

 

            Mais mon cynisme bon aloi du type à qui on ne la fait pas a eu beau se débattre âpre et ruer rude, il n'a pas tenu trois pages. Moi, gros méchant et insensible, pas poète midinette pour un sou, tout me vient au nez et au reste. Pourquoi ? Je m'en fous. Pour des petits bouts (Petits par le nombre de caractères, leur format), pour du rien du tout.

 

            Tout faire pour ne jamais rouvrir ce livre. Le relire, parions-le, serait tout perdre. Y repenser, même. Quelques efforts encore, et les phrases idiotes, maladresses, lourdingueries reviendront tout pourrir. Cynisme de bon aloi reprendra ses droits. Là, clos, sur la bibliothèque : petit coin de paradis perdu. Petite crique, petit hôtel, rencontre d'un bonhomme qui en savait un peu plus sur la vie.

 

            Il y a des petits livres parce qu'il y a de petits bonshommes. Mais je crois que Christophe Macquet est un peu plus que ça.