Les oiseaux favorables de Stéphane Bouquet par Matthieu Gosztola

Les Parutions

11 juil.
2014

Les oiseaux favorables de Stéphane Bouquet par Matthieu Gosztola

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Ouvrage éclairant (parcouru de photographies « sincère[s] » où se voient « les silhouettes [effacées et tenues dans une hopperienne distance] d[u] désir ») sur ce qui structure (pour l'éclatement, l'éclatement-un printemps), sur ce qui structure l’œuvre de Stéphane Bouquet.

 Son amour des photographies, par exemple. Photographies de garçons. Photographies = garçons Disparus (la majuscule est de rigueur). Comment mieux en parler que par ces quelques mots ? « [Elle] reste longtemps devant cette photo : à cause de l'élégie qu'il y a dedans, à cause du regret poignant. » Élégie : là est le vivant mot. (Ne parlons pas du regret. Ne pas en parler, c'est le laisser venir. C'est en parler.)

 Ou encore la façon qu'a l'auteur de revenir, sans pause, à « la rivière, au fleuve ». Longue explication là-dessus, qui s'achève (ou presque) par ce distique de douceur tremblante : « C'est pourquoi le fragment 36 peut préciser : / Pour les âmes la mort est de devenir eau. »

 Et puis : le désir. Qui est toujours là, même quand la tristesse. « Parfois elle sentait venir un désir de larmes, et c'était quand même un désir. »

 Et puis, en prendre la mesure, la juste (accord musical, il faut s'accorder) mesure : « C'est le matin à nouveau, et la lumière silencieuse » : à nouveau : à nouveau : et puis (donc) la lumière : la soif de l'auteur pour la lumière, son envie d'elle, d'elle comme espace où vivre, comme espace à partir de quoi vivre, comme espace contenu en soi et juste deviné (pour que l'on soit ce qui est devenu), effleuré, parfois, du bout malhabile des doigts, quand il y a l'évidence du transport auquel nous convie l'autre (aimé, désiré), transport vers d'autres (différentes) et silencieuses cimes.

 « Parfois, quand elle prend l'avion, elle se sent jetée à tout vent, dispersable à merci ; et parfois, au contraire, dans une sorte de sécurité divine, une continuité de la lumière, la petite protégée du soleil. // Dans le livre qu'elle lit : "comme tu fais ton nid dans ta propre lumière" […] Sous la douche, elle a pensé : peut-être ai-je en moi ma propre lumière, sereine et désabîmée, comme d'autres ont leur rue, une foule, un oasis. Peut-être que si je creuse assez loin, assez longtemps, je vais me déplier dans ma lumière et mourir doucement noyée. […] Dans le livre qu'elle lit : "La lumière où riait mon trésor" ».

 Dans le livre qu'elle lit... Et parce que ce (Les oiseaux...), parce que ce livre est fait de prose, il ne peut faire autrement (autre, différent), ce livre vivant, qu'accueillir 1 (et +) poème, tout cuit, tombé dans la bouche de l'auteur. Et c'est magnifique :

 « […]

dans le métro beaucoup de couples étreints, l'1 d'eux

caresse délicat le manteau

de l'1 d'elles

que fait-il, quelle forteresse

de douceur infranchissable

trace-t-il du doigt : ou simplement ce murmure : maintenant

toi aussi tu peux être jetée

dans les heures inconnues, je veux dire :

je suis là »

 En définitive, ce qu'on retient des Oiseaux, c'est ceci : être = être dans l'ensemble (être dans – à proximité – le « je suis là » et ne jamais) = […] = la possibilité = il y a vivre = il y a le désir, et la lumière, et l'eau = tout change et ceci (le désir) ne change jamais & est toujours pareil pour être différent, & devient nous (c'est-à-dire l'indéfinissable subtil) pour que nous devenions, et devenions : et devenions.

 Et parce que dans vivre, il y a, parfois, les « oiseaux favorables », oui, vivre.

vivre (la minuscule est de rigueur ; toute cette herbe coupée..., et qu'est-on..., sinon de l'herbe, bientôt fauchée, brûlée par le soleil mal venu et tôt parti ; mais recommencé).

 Mais recommencé. Donc malgré tout...

« Malgré tout : la vie, des oiseaux improvistes, cela arrive, cela est possible. »