Salsa de Hsia Yu par Christophe Stolowicki

Les Parutions

20 nov.
2017

Salsa de Hsia Yu par Christophe Stolowicki

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Accolant un bip bip à des vers classiques de Chine millénaire alunie sur un timbre-poste ; d’enjambements de sept lieues en chaussons de Poucet démembrant le syllogisme ; sororale qu’un rien abstrait, d’antiphrase nous gobergeant ; le caudal qui rebique de dénouement sourd ; au pénultième degré ralliant mai 68 à Paris avec trente ans de retard, quelques fuseaux horaires d’avance ; la liberté en liberty, étoffe d’homme dont culture, sagesse et consumérisme font bon ménage ; funambule inventive en avatars formels, capricante de hauts fonds à grands ramages de désinvolture métaphysique ; d’ « esbroufe » habillant la chaleur et l’angoisse pour mieux se trahir par à coups (« son sang sort comme un extrait de dentifrice / pour mettre fin à sa colère et à sa fatigue ») ; déployant l’inceste avec un naturel confondant (« il bande / comme un fils qui bande chaque matin ») ; provocante (« elle est habillée comme une communiste […] il déboutonne sa chemise du peuple / et détache ses cheveux ») narguant l’ogre voisin, l’oiseau roc aux ailes déployées d’illettrisme de masse – de paronomase en parataxe chahutant les bribes d’un quotidien érudit elle danse danse danse la salsa et réitère son voyage heureux qui comme Ulysse sur une plage étrangère et son sempiternel rivage.

 

Célèbre à dix-neuf ans dès le premier poème paru bientôt imprimé sur des calendriers, des tasses, des vêtements ; populaire malgré l’exigence et la complexité de son écriture, Hsia Yu a écrit Salsa, publié à Taïwan en 1999, sur huit ans lors de séjours à Paris et en Provence, a participé à la version française (dixit Gwennaël Gaffric dans son avant-propos lumineux). Rappelant Cummings doté d’une filmographie, elle anime d’une composite bouffée d’air frais la France du profil bas, d’idiome demeuré au regard pérégrin la langue aristocratique, libertaire entre toutes.

 

On imagine la performance du traducteur, qui a su rendre les raffinements et tours de Babel d’une poète jouant de la « spongiosité » du chinois – peu transitif, grand absorbeur.