Sens averse de Valérie Rouzeau par Christophe Stolowicki

Les Parutions

05 mars
2018

Sens averse de Valérie Rouzeau par Christophe Stolowicki

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Reprises, échos. De désenchantement. En neige de mots simples, élans rompus, la poésie tient son endroit de son avers qu’envers et contre, qu’en vers repris d’Apollinaire une petite musique envers & contre tout ce qui s’avère aimerait bien réenchanter, eh non. La poésie n’est pas facile ni difficile, la poésie est fissile ou n’est pas et l’atome résiste. À même l’identique au même que dans Pas revoir (1999, son père), Valérie Rouzeau poursuit une œuvre que les larmes ont désertée.

L’oiseau mazouté, la « tortue médusée » (par l’amoncellement au fond des mers des sacs plastiques qu’elle confond avec la méduse, entraînant la prolifération de sa proie urticante), quand une raillerie saigne assigne les pollueurs de langue siglée de « SDF » en « IBM » anywhere out of the world ; qu’en quête de l’authentique pied de nez de travers en traverse de mots simples, la rhapsodie au fil de l’eau, fond de grenier, estampille son peu qui reste ; la poésie entre en résistance stances à même le mazouté, le médusé.

« Dans une vie de chien sans chaleur sans rien / Que mensonges à gober que nos ongles à ronger », une poésie du quotidien essuie le « Quotidien malheur mondial », « rivières bétonnées », « poissons morts ». Des flatulences de l’inflation noyés les effluves, influx flottant ventre à l’air, carpe diem interdit en CDI, précaire en CDD, dés jetés à l’encan – la nostalgie dans l’ô n’a pas pris une ridule, ondoie sans points ni points-virgules ponctuée par le vers à vers ; de diseuse de la mauvaise aventure de vivre les dizains souvent rallongés d’une ou deux passes à la ligne de lombric déroulant ses anneaux ; peu de rimes sinon pudiquement intérieures comme une oppression qui lâche.

Ode à la parâtre nature dont « tout doit disparaître », « fauvette[s] » et « bergeronnette[s] », « trille[s] » et joyeux drilles, aux soldes d’hiver. Emblèmes justes, tableau complet du peu de thune irrémédiable et qui laisse à penser que vocables valent des clous, semés au présent de l’imparfait – par bribes flottantes Baudelaire exhumé de l’âge ingrat du passé où l’ont exilé nos didacticiens. Dans une « salle des pas perdus le quai / De bout en bout » arpenté, elle anticipe. Si par formels privilèges la poésie épand sa nuit du quatre août sur le désastre contemporain, de ce livre en fortes demi-teintes s’élève, à l’encontre de sa démonstration, une maîtrise, une connaissance secrète de l’arme poétique, de son efficace.