Guillaume Métayer - Football, Album par Grégory Rateau

Les Parutions

17 juin
2026

Guillaume Métayer - Football, Album par Grégory Rateau

Guillaume Métayer - Football, Album

 

Ce livre existe, c’est déjà une chose étonnante. Je veux dire qu’il ne ressemble à rien de très à la mode. À une époque où la poésie se croit souvent obligée d’être fragmentaire, traumatique, conceptuelle ou vaguement nébuleuse pour paraître sérieuse, Guillaume Métayer ose écrire quatre-vingt-dix poèmes sur le football, en vers réguliers, avec rimes, refrains et mémoire personnelle. Rien que pour cela, le projet force le respect. Il y a là une liberté véritable.

Mais un projet n’est pas encore une œuvre. Ce qui frappe d’abord, c’est la maîtrise. Métayer sait écrire. Le vers coule avec une certaine aisance. Les rondeaux s’enchaînent comme des passes courtes. Jamais ou presque la mécanique ne se grippe. On sent des décennies de fréquentation de la poésie française. Le problème est précisément là : on sent trop souvent la maîtrise avant de sentir la nécessité.

À mesure que l’on avance dans le recueil, une impression paradoxale s’installe. Le livre parle de football, donc de passion, de fièvre, de cris, de larmes, d’enfance blessée et de joies absurdes. Pourtant, il reste souvent à distance de son propre sujet. Comme si l’auteur regardait ses souvenirs derrière une vitre impeccable. Ainsi ces vers :

« J’ai cent mille choses à lire
Mais je regarde Johnny Rep »

ou encore :

« Je regarde des résumés
De matchs dont je ne sais plus rien »

Les meilleurs poèmes sont ceux où le football cesse d’être un thème pour devenir une expérience humaine. « 25 juin 1978 », « 29 mai 1985 », « Novembre 1993 », ou encore les textes consacrés au père et à la transmission familiale atteignent quelque chose de plus profond. Là, le ballon n’est plus un prétexte culturel. Il devient une manière de parler du temps, de la mort, de l’appartenance, de la mémoire. Le recueil prend alors une densité inattendue. On pense par exemple à ces vers simples et très justes :

« Le foot indifférait mon père
Il ne suivait jamais les matchs »

ou à cette phrase qui contient à elle seule toute une époque :

« Ce sont des beaufs et des barbares »,
Nous dit mon père, ce soir-là.

À l’inverse, une partie importante du livre souffre d’un excès d’ingéniosité. Les références s’accumulent, les noms de joueurs défilent, les souvenirs se rangent avec soin dans leurs vitrines. Le lecteur admire mais finit parfois par regarder sa montre. Certains poèmes donnent l’impression d’être nés d’une idée plutôt que d’une émotion. Ils sont spirituels, cultivés, bien tournés, mais ne laissent pas de trace.

On pourrait aussi reprocher au recueil une certaine uniformité. Le choix du même moule formel, répété presque sans relâche, produit un effet ambigu. D’un côté, il crée une cohérence remarquable. De l’autre, il finit par lisser les reliefs. Les victoires, les défaites, les drames, les révélations semblent parfois passer par le même filtre mélodique. On aimerait que certains textes cassent davantage la vitrine, prennent le risque du déséquilibre, du ratage même.

Le paradoxe de Football est là : il raconte une passion populaire avec une intelligence rare, mais cette intelligence devient parfois un écran. Le poète connaît trop bien ses moyens. Il sait faire. Il réussit. Et justement, il réussit un peu trop.

Reste qu’au milieu de cette abondance surgissent des éclairs. Une image, un souvenir de télévision neigeuse, un gardien admiré, une cour de récréation, une foule qui chante, un père qui ne comprend pas. Parfois même un vers suffit :

« Tout autour brûle la détresse,
L’Ukraine, la Syrie, Gaza »

ou encore :

« Un Moi regardant de l’avant,
Un Moi, son envers nostalgique »

Alors le livre cesse d’être une collection de poèmes sur le football. Il devient un livre sur ce que nous faisons tous : tenter de sauver quelques moments de l’effacement général.

C’est le journal obstiné d’un homme qui refuse de laisser mourir les fantômes lumineux de son enfance. Et lorsque cette obstination rencontre enfin l’émotion, le livre marque. Comme un but venu de loin qu’on croyait oublié.

 

52.

Cartographie

On se faisait toute une carte

Des peuples en scrutant leur jeu

Peuple au tempérament de feu,

Peuple appliqué, fils de Descartes,

Ce n’était pas du Roland Barthes

Mais les Mythologies qu’on peut,

On se faisait toute une carte

Des peuples en scrutant leur jeu.

Ici Athènes, là-bas Sparte,

Les fantasques, les rigoureux,

Et les Frankenstein aux yeux bleus

Bondissant comme des jubartes,

On se faisait toute une carte.

 

 

 

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