Le nôtre de Cole Swensen par Frédérique Guétat-Liviani

Les Parutions

19 juin
2014

Le nôtre de Cole Swensen par Frédérique Guétat-Liviani

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                                                       «Que Le Nôtre, connu

pour sa bonté et sa pensée

                                                ourle avec soin

cette lisière et flambeau

                                                on aurait dit un champ

                                                                                    en flamme

fait de flammes qui porteraient

                                                un fruit bleu entier

rouge ancre, fleur maintenant. C’était un homme bon

et cela a duré plus longtemps que tout

ce qu’il a jamais fait pousser, de tour en tour. »

 

 

 

 

 

Perdant sa majuscule   le nom a aboli la propriété privée.

Le jardin est devenu le nôtre.

Et le paysage est devenu le poème.

Le rectangle vert   il faut l’ouvrir.

Le papier n’est pas couché. La fibre est bien présente.

On suit les lignes jusqu’à leur rupture.

Car lorsqu’elles se brisent   pour former des terrasses   

on descend des paliers   puis on remonte.

De là on aperçoit les plans d’une autre construction.

Le poème pousse    vers le haut des pages   les lignes grimpent   vers la lumière.

Parfois il faut sauter des lignes pour suivre les traces du jardinier    et saisir sa silhouette    dans le  schéma vertical.

Le sous-terrain de la page   abrite les chiffres    au corps plus lourd que les lettres.

Les traits   les caractères   les formes   se dessinent dans l’espace terrestre.

Le long des 9 salles du jardin-poème   l’auteur nous invite à marcher.

Sa géométrie nous ouvre de nouvelles perspectives   des points de vue disparus.

Les mots qui nomment ce jardin ont été prélevés dans le glossaire de l’architecte.

Implantés dans celui du jardinier   ils se sont acclimatés en langue étrangère.

Les murs (de charmilles)   les escaliers (d’eau)   les tapis (de verdure)   les broderies (de buis)   les rideaux ( le long des allées). Tous greffés.

Les arbres se sont affranchis de l’appellation.

Ils ont donné des fruits et de l’ombre.

Dans les jardins.

Publiquement.