Méthode de Victoria Xardel par Matthieu Gosztola

Les Parutions

25 févr.
2013

Méthode de Victoria Xardel par Matthieu Gosztola

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Méthode surprend. Désarçonne le lecteur, sans cesse, de sa lecture. Dérange, presque.

Lisons pour comprendre, c'est-à-dire pour saisir le trouble : son intensité, sa musicalité.

 « Se taira mais ne trouvera pas le repos. / Le même et ce qui n'est pas le même, font loi. / Après la perfection immédiatement vient l'excès ; la fatigue donne à voir. Rien toutefois n'est à l'œuvre comme elle ou dissimulée par ses propres immersions, tandis que dira vrai dans ce qui reste et suppliante ».

 Ou encore, un peu plus loin : « Dormez votre sommeil. / Cet homme est seul. Dont la condition est à la fois plus et moins qu'un état ; / peine à s'accommoder d'expérience ou d'inertie ».

 On le sent bien à la lecture de ces deux courts passages :  le sens se montre et se dérobe à la fois, dans le même mouvement. En cela, Victoria Xardel, qui explicite sa démarche poétique mais aussi prosodique dans un éclairant Comment j'ai écrit certains de mes livres intitulé « Construction du bateau à partir du naufrage » (p. 37-41), donne corps, quand bien même elle sculpte la poésie la plus contemporaine qui soit (comme en témoigne le nom de son éditeur), à une véritable quête d'un « absolu » littéraire, dans le sillage direct du symbolisme et du décadentisme.

Victoria Xardel combat en chaque poème ce que l'on pourrait appeler le dogme du lisible, récalcitrante sans discontinuer à la tyrannie de la supposée clarté de la langue française, à laquelle elle conteste tout pouvoir d’évocation, proche en cela de Jarry et de Fargue à leurs débuts.

Partant du lisible pour parvenir, dans l'écriture, à un illisible partiel (condition sine qua non de la réception de l'écriture, puisque si l'illisible était complet, il n'y aurait bien sûr pas de lecture – qui soit dépliement (1) d'un sens – possible), elle façonne patiemment, de vers en vers, de phrase en phrase, une obscurité.

Et cette « obscurité calculée » s’inscrit sans nul doute pleinement dans la mouvance du « rêve mallarméen du livre », rêve qui correspond à toute une époque, étant ontologiquement relié au symbolisme. Ce rêve est, comme le note Bertrand Marchal dans Lecture de Mallarmé, Poésies, Igitur, Le coup de dés, « d’abord un rêve narcissique d’identité absolue, le rêve d’un livre […] total qui enferme dans sa plénitude jalouse, comme les missels à fermoir ou les grimoires des alchimistes, la plénitude du sens ».

Un sens qu'il s'agit pour nous de déchiffrer, peu à peu, avec Méthode, en sachant que jamais nous ne parviendrons à en saisir toutes les facettes, à en deviner toute la morphologie, agirions-nous avec une méthode folle, – des facettes qui sont (réellement ou fantasmatiquement) en la seule possession de l'auteure.

 

(1) Et non pas seule construction.