Trois livres de Philippe Jaffeux par Christophe Stolowicki

Les Incitations

13 sept.
2017

Trois livres de Philippe Jaffeux par Christophe Stolowicki

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Déferlante happant sans perdre souffle la raison en ses déraisons, sporadiquement délassant sa tension aporétique en un martèlement de rimes, parfois au feu nourri d’allitérations rétractant l’anaphore, à bout de sens en un déni lâchant la bride au son, Jaffeux. Il nous revient sous les spécieuses espèces d’un livre-objet, d’une plaquette et d’un épais volume parus à peu d’intervalle. Deux, le morceau de bravoure où rien, strictement rien ne distingue « N°1 » et « N°2 » les dialoguistes fictifs d’un théâtre abstrait sinon l’élan à sourdre haleine d’une reprise, d’une déprise de la balle au bond de demi-volée, quand sans amortie ni chandelle, lob de lobes décérébrants, s’enchaînent des répliques de fond de court dont la langue s’enivre comme un regard. D’ « accumulation inopinée de cieux » une vigueur sans rigueur s’inverse en rigoureuse déliquescence. « Un clignotement alternatif de ses illuminations » le définit mieux que tous nos commentaires, sa lucidité devançant les critiques tant dans l’humilité que dans la présomptueuse exaltation. Un jeu de massacre l’élève, une fureur l’accable le transmute. Il est la chair et le couteau de l’abstrait qui châtie son évanescente empreinte. Sa dialectique dessubstantiant le vif, « Il glisse la tenue de son corps sous le vêtement de sa chair fantoche. » La raison pure se gobergeant d’affects nominaux, une logopée épique se réfracte sans fin sur les parois du gouffre spiralé. Quel est son secret de fabrique ? Non ceux amplement commentés dont l’oulipisme s’abreuve, écran redondant au secret des secrets qu’il n’en est aucun sinon ce ressort cassé de verbes peu transitifs d’une vie absente qui le fait rebondir toujours plus avant, plus arrière, plus haut, plus ô sur une mystique trampoline.
D’« alizé » à « zéphyr » un dieu boréal les secouant dans son sac à délestage tous les vents de A à Z se sont donné la main courante, à glissements, disjonctions, tournoiements, décrochages, de tout en un, de reprise en déprise de prose lente, de virevoltes en volte-faces, de lais en virelais en rondeaux doubles contemporains. Des calligrammes, d’entonnoir en sablier en jet d’ô, non celui d’Hubert Robert dans les jardins d’un hôtel de Guermantes, ont étranglé le Beau sur terre jusqu’au susurrement du lettriste le plus égrené, égoutté sans alarme poème vertical.
Piégeant du non-sens en ses volutes un 26 tours à rotations carrées démontre démonte une quadrature de sa spirale d’incontinent perdu, l’aporie plus brève format oblige, en 26 coups de tampon pivotant de page en page d’un arc de cercle de nos jours alphabétiques – composant un précieux livre-objet équilatère à ranger dans notre collection de vinyles.

Le commentaire de sitaudis.fr

 

" Deux"

Tinbad
« Théâtre »
236 p.
21 €

 

" Glissements "

Lanskine
56 p.
12 €

 

" 26 tours "

Plaine page
« Les oublies »
60 p.
10 €