La Peinture contemporaine en question de Marcelin Pleynet par Nicole Caligaris

Les Parutions

13 juil.
2007

La Peinture contemporaine en question de Marcelin Pleynet par Nicole Caligaris

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La discipline du "discours critique" nourrit-elle son homme ? Spirituellement, je veux dire.
Pleynet ne se voit pas en critique d'art mais en pseudo-critique. C'est sans doute par modestie. Je crois surtout que c'est pour respirer un peu.
En guise de préface, il donne un CV-frise des années 70 de la critique d'art en France, sous le rayon du Sollers déjà bien émergé comme centre de galaxie, avec l'organe Tel Quel, et lâche cette formule qui m'intéresse au plus haut point, ici : le "discours critique" comme si c'était une discipline en soi. «a y est : ça l'est, avec ses quelques fondamentaux bibliographiques, son champ axé Paris-New York, son projet de rédaction d'un "vocabulaire critique de l'analyse des œuvres d'art".
Placé au seuil de la métacritique par Richard Leeman, de l'université de Bordeaux et de l'INHA :

selon Pleynet, une bonne analyse doit intégrer à l'approche formelle de l'œuvre celle de sa réception critique

Pleynet se fait l'époux-je-ne-sais-s'il-est-si-consentant de cette satanée courbe des années 70 où le discours critique s'est tout entier tourné vers le discours critique, a cherché sa justification dans le discours critique, sa place à l'intérieur du discours critique.
Métattaqué à coups d'Adorno, dans une sorte de ciseau musical sur mini-cassette à trois boutons (on comprend que Pleynet parle de performance), réalisé par le collectif Présence Panchounette, alias Frédéric Roux, riche personnalité, autrefois boxeur, désormais auteur de romans, Pleynet essuie l'impertinente question qui montre tous ces gens turlupinés par le joujou modernité et sa réponse les montre fascinés tous par la psychanalyse dont le répertoire donne à chaque idée sa référence implicite.
On ne m'ôtera pas de la boîte noire que c'est cette marotte de la psychanalyse qui fait écran à une pensée plus vigoureuse, non pas dans le discours mais dans le langage ; et moins derrière Adorno, n'en déplaise aux Panchounettes, que derrière Wittgenstein, convoqué sur les couleurs par un Pleynet tout étourdi par le principe du refoulé et de la libre association, qui reste bel et bien sur le seuil de cet examen radical de ce que signifie nommer, de ce que signifie énoncer et du vertige de ces questions sur nos "propriétés", pour pomper Michaux, qui finissent par nous enlever le monde de la bouche.
Mais un homme qui ne sait conclure, parle d'une voix douce, hésite pas mal, se mêle un peu entre deux digressions, s'amuse, avec une bienveillance de vieil animal, du chahut des jeunes artistes, un homme qui ouvre des questions pour les laisser traîner dans l'atmosphère et qui n'a rien trouvé de mieux, comme premier mot du titre de sa première conférence de ce cycle du capc de Bordeaux, en 1978, époque de rationalisme carnassier, que le mot : "vocation"... un type pareil ne peut pas être foncièrement mauvais.