Lucot, H.L., rencontre avec Didier Garcia par Alain Frontier

Les Parutions

21 avril
2008

Lucot, H.L., rencontre avec Didier Garcia par Alain Frontier

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Nous sommes le 10 avril 2008, 14 heures et 8 minutes (mais le temps de l'écrire et déjà... ) J'écris à mon ami Hubert : Mon cher Hubert, etc... .

Je fais cette constatation, que tu as réussi (passé composé, le parfait de la conjugaison grecque) à exister beaucoup plus que je n'ai réussi à le faire jusqu'à maintenant. Cela signifie peut-être que tu es meilleur écrivain que moi. Je ne me plains pas ! je constate. Cela signifie également que tu auras été moins paresseux que moi. Exister ne va pas de soi, il faut y mettre du sien, comme on dit. Tu me diras que se donner l'existence est aussi donner existence au monde. Les deux vont ensemble. Oui.

J'ai reçu le livre hier, en fin de matinée. En ai terminé la lecture ce matin. Arrivé à la page 209, je vois une photo signée MHD - que j'avertis aussitôt et qui, comme moi, s'en réjouit. Les autres portraits offrent de toi une image souvent un peu lourde, mastoc, empâtée. Seule Marie-Hélène a réussi a montrer ta finesse. (A l'instant, MHD me téléphone : elle se trouve dans une librairie du Marais, devant Recadrages, qu'elle s'apprête à acheter.)

Un livre parfaitement réussi, que j'ai dévoré. Excellent Didier Garcia (intelligence, connaissance de ton œuvre, qualités pédagogiques, et, si besoin est : autorité : « vous n'avez pas répondu à ma question... »). Excellent dialogue. Ni l'interrogeant ni l'interrogé ne friment (l'un ne dit pas : Voyez les questions intelligentes que je pose ! et l'autre : Voyez comme je réponds de façon spirituelle et mystérieuse ! L'un pose les bonnes questions - pour comprendre, l'autre répond pour faire comprendre. De tout cela il ressort un portrait de l'homme écrivant, tout à fait passionnant + une irremplaçable introduction à ton œuvre + une riche anthologie et une belle collection d'images.

Il est intéressant de constater que la démarche logique du livre (son découpage clairement thématique : 1° les lieux, 2° les lectures, 3° la peinture... etc.) va, dans un sens, à l'encontre de ce qu'est ton écriture (succession d'instants où se croisent les lignes, les lieux, les temps). S'il en avait été autrement, le livre eût été bien inutile.

Didier Garcia a posé les bonnes questions - sauf une, à laquelle j'aurais pourtant aimé t'entendre répondre. Elle concerne l'hermétisme. Tu dis toi-même, ici et là, que tel ou tel de tes ouvrages est hermétique. Cela mériterait qu'on s'attarde. Qu'est-ce que l'hermétisme ? Qu'est-ce qui fait dire qu'un texte est hermétique ? Quel sens peut avoir la publication d'un texte que son auteur même considère comme hermétique ? Qu'est-ce que l'auteur attend de son lecteur ? Car enfin, si l'auteur publie un de ses textes (tu ne publies toi-même que 10 % de ce que tu écris), c'est bien pour quelque chose. Cela nous conduirait évidemment à parler de la lecture : qu'est-ce que cela veut dire : lire un texte de Hubert Lucot ? C'est peut-être une question encore plus difficile que la question classique « Pourquoi écrivez-vous ? » À cette dernière question, on peut toujours répondre quelque chose...

Hubert Lucot n'est pas un écrivain simpliste. Combien le paraissent à côté de lui !



Amitiés à toi, grand frère !