Sans titre de Geoffrey Squires par Matthieu Gosztola

Les Parutions

08 févr.
2014

Sans titre de Geoffrey Squires par Matthieu Gosztola

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« Nous passons la main sur le poème et touchons à peine ce qui affleure, il y avait un monde ici », écrit justement François Heusbourg dans sa belle préface.

 

Ce qui reste n’est que

Est

Ce qui reste se tient

Pour se tenir si peu

Ce qui reste

Nous parle

Avec la disparition

 

Il y a les arbres

Bien sûr

Mais qui sont-ils 

Pour être arbres

Et se tenir

Toujours se tenir

 

Invariablement (mais la main de l’homme)

 

Aussi

« Trouver des histoires à ces arbres / narratifs dans leur feuillage / une raison à la densité // peu de choses résistent à l’interprétation / se défendent avec succès / contre la compréhension »

 

On ne peut pas

Être sans être peuplé

D’histoires

 

: Sans être

Chacun

Un peuple

De mots

 

Avec tous les silences

Qui font

Que parfois

Il semble qu’il n’y a jamais

Eu

Le moindre mot

Réel

 

: « et après ça // les silences déposés / comme dans une longue ligne / sans un mot »

 

Chercher à dire

Les mots réels

Ceux qu’on devrait (il le faudrait)

Poser sur les choses (même les moins importantes)

Pour les faire

Apparaître

 

: « Ce sont de petits endroits / qui ne méritent pas de nom // certains affleurements ou monticules / l’espace entre deux champs // et personne n’a songé à les nommer / à leur donner un nom / par lequel nous pourrions les connaître / nous souvenir d’eux »

 

Les choses sont

Elles sont

 

: « regarde       c’est ainsi »   

: “se      this is how it is”

 

Elles sont

Ce qui veut

Dire

: Elles-sont-dans-leur-singularité

 

Qui nous fait intimes avec le monde ?

Qui nous fait proches avec ce qui du monde

Nous touche (par le détour que fait notre pensée souvent) ?

 

Oublier

 

Elles sont

Ce qui veut dire

Qu’on ne peut pas

Les saisir

Et qu’il n’y a pas de logique

À ça

 

: « C’est une erreur de penser / que chaque moment devrait bien finir par être // une chose découlant d’une autre // descente encore une fois / où le chemin mène // vers de petits bois et une eau secrète / et tout est tout autour / là intime proche // alors nous nous arrêtons perplexes / incapables de nous en saisir »

 

Regarder

 

Lire

Geoffrey Squires

Et nous regardons

Avec attention

Les disparitions

Que sont

Les poèmes

 

: « et nous suivons les petits échos »

 

Ensuite

 

On est renvoyé

À ce qui est la solitude

De notre

De nos

De « je »

 

: « Comme nous parlons peu dans le noir / presque comme si nous avions peur / ou que cela voulait trop dire        était trop important / ou que quelqu’un nous écoutait / comme si nous pouvions être entendus »

 

On est renvoyé

Pour

 

: Pour le « passage du soleil

À la fraîcheur »

 

: Pour le moment où

Je

Et « nous »

 

: « Passage du soleil à la fraîcheur // et l’air à l’intérieur comme un marbre / sur le visage      les épaules nues // dans la soudaine obscurité de la chambre // une brise chaude fouille les rideaux / le bruit de la mer la mer / où tu où je où nous »