Pour Jean-Paul Richter par Nathalie Quintane

Les Célébrations

Pour Jean-Paul Richter par Nathalie Quintane

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1
La plupart des "auteurs" sont déterrés pour ce qu'ils ne furent pas et en ce qu'ils nous servent. Ces phrases en hommage à Jean-Paul, dont Corti fit paraître, en 1994, un recueil de textes sous le titre "Mon enterrement vivant".

Tout de même.

Comment Jean-Paul peut-il encore traîner cette image d'halluciné champêtre, de Biedermeyer mou, de schleu au doux sourire (je cite :
" ... le caractère allemand, provincial, et populaire de son talent "*) ? Comment peut-on n' y voir qu'une pré-décoction du canevas borgesien - ces contes tirés à quatre épingles par un Poe compliqué ?

Jean-Paul invente très tôt le livre qui ne contient que la liste de ses lecteurs, la compilation du pire (une anthologie de ses textes "ratés"), ou la bibliothèque manuscrite de livres qui existent déjà (" Il n'admettait chez lui qu'un seul livre imprimé, le catalogue de la Foire; car il était convenu que le pasteur marquait d'un index noir en marge les pièces d'inventaire les plus intéressantes, afin que Wutz pût les reproduire assez vite et rentrer son foin de Pâques pendant la trêve de la librairie, avant le regain de la Saint-Michel." : ainsi, Wutz, le héros de "Vie de Maria Wutz, le jovial petit maître d'école d'Auenthal", profite-t-il de ses loisirs pour (r)écrire - sans les avoir lus - Les souffrances du jeune Werther et les Confessions de Rousseau...).

Jean-Paul est donc un conceptuel (puisque c'est un romantique), et comme tout conceptuel romantique, critique. Ces "idées", qui proviennent toutes du matériel satirique édité sans succès (on trouve ses textes "brouillons") pendant sa jeunesse, réapparaissent insérées dans des récits peu tendres quant au "caractère allemand" - déjà (1784), dans "Recueil authentique de mes meilleurs bons mots", Jean-Paul décrit les Allemands comme des "bonmotistes corporels"...

Corti a republié certains livres de Jean-Paul - mais pas encore la "Vie de Maria Wutz", dont n'est disponible qu'une traduction destinée à un public étudiant (Aubier, 1979).




*Geneviève Bianquis, introduction au Voyage du Proviseur F‰lbel/Vie de Maria Wutz (Aubier bilingue, 1979)