Paris soit une fête par Jacques Demarcq

Les Incitations

07 avril
2014

Paris soit une fête par Jacques Demarcq

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    Le Marathon de Paris est un événement merveilleux pour quantité de raisons dont celles-ci :

— le centième concurrent arrivé en moins de 2 heures et quart, il n’y a plus vraiment de compétition pour les 40 000 autres, sinon la satisfaction pour les trois quarts d’arriver au bout, après 42,195 km au pas de course dans un cadre extraordinaire, encouragés par 100 000 personnes au moins, régulièrement vitaminés et abreuvés, au son d’orchestres rock, pop, folklo, dans une ambiance bon enfant, effectuant avec le leur le dernier kilomètre s’il en a envie, acclamés, restaurés, massés à l’arrivée, certes épuisés mais rassurés sur leur santé ;

— sponsorisée, l’épreuve ne coûte rien, rapporte quelques milliers d’euros à l’Éthiopien ou au Kényan vainqueur, et promet d’éventuelles économies à la Sécu ;

— beaucoup d’artères sont interdites à la circulation, et la totalité du bois de Boulogne, ce qui rend soudain la capitale respirable pour les non-participants : touristes, gosses et vieux, sans abris, travailleurs fatigués, rentiers du dimanche.

     Le problème à Paris, c’est qu’il n’y a pas tous les dimanches un marathon, l’arrivée du Tour de France, une Manif pour tous ou la Gay Pride. Pourquoi tant de mairies ont-elles changé de main ? Pourquoi les écolos ont-ils peur de se mouiller ? Faute d’idées. Faute d’avoir osé appliquer la pensée Jack Lang à la politique municipale ! Delanoë, lui, n’a pas eu peur : les quais autoroutiers de la Rive gauche offerts aux familles et aux amoureux, son héritière a été élue. Mais ce n’est qu’un début. Les politiciens, avec leurs soucis de gestionnaires, manquent d’imagination. Ou de cette poésie que les médias invoquent d’autant plus facilement qu’ils ne prennent aucun risque, puisque la poésie n’existe nulle part, ne se mêle pas d’agir, croient-ils…

     Un poème, comme une bataille, c’est une organisation (une forme) avec des visées (des intentions). Mettons qu’il s’agisse de rendre Paris respirable, accueillant aux touristes et autres malheureux, en supprimant une partie des gaz d’échappement (la poésie crée à mesure qu’elle détruit). Même si beaucoup rêvent de verges pour fesser le voisin, punir est moins efficace que récompenser. Donc, offrir des fêtes, du cirque (chers Romains !), idéalement tous les dimanches. Une dizaine sont déjà pris : manifestations sportives ou pas, carnaval GLBT, etc. Reste 42 dimanches et quelques jours fériés à distraire des gaz. Je n’ai pas toutes les solutions mais quelques-unes :

— 2 fois l’an, après Noël et à la rentrée, une Grande Braderie occupant les artères de la capitale, son organisation confiée aux Lillois ;

— sur le modèle du marathon, mélangeant pros et amateurs, le Triple Tour de Paris à vélo, par les boulevards extérieurs (la deuxième année, le périph), les grands boulevards, les quais rive droite et rive gauche, final de Bastille aux Champs par Rivoli : au moins 100 km, de jolies côtes sur l’extérieur est et sud ;

— sur le même modèle, le grand prix des montagnes de Paris : par Belleville, Montmartre, Sainte-Geneviève, la Butte-aux-Cailles, etc. ; et le Banlieue Tour, par toutes les collines entourant Paris, avec arrivée aux Champs, pour promouvoir la bicyclette dans les cités ;

— prévoir aussi un Grand Prix VTT, par les escaliers de Montmartre, les parcs d’ordinaire interdits ; le Championnat des patinettes, les concurrents répartis par âge : 4-6 ans, puis 7-11, 12-16… jusqu’aux seniors et grabataires ; et le super Roller Run, même parcours que le Triple Tour, avec musique tonique ;

— aussi télégénique, sur le modèle de la course des garçons de café avec verre et carafe sur un plateau, celle des poussettes (moutard(s) dedans) en plusieurs catégories : simple, double, avec ou sans 20 kg de courses, et descente dans le métro, montée dans un bus plein, traversée d’un grand magasin par les escalators et autres obstacles réalistes ;

— l’Internationale de la pétanque, les rues sablées pour l’occasion, organisée par les Marseillais ; les Olympiades du badminton et du frisbee ;

— 2 fois l’an, l’obligation démocratique pour les grands couturiers d’organiser leurs défilés dans les rues, le même dimanche (ça aurait une autre gueule qu’en vase clos, et la foule viendrait se rincer l’œil).

— un carnaval traditionnel évidemment, organisé par les Dunkerquois ; et pour lui faire pendant, le festival des bonimenteurs religieux, politiques, hygiéniques, scientifiques, etc., organisé par des Londoniens, avec urne à chaque coin de rue barrée pour désigner le meilleur, qui sera hissé sur l’Arc de Triomphe, puis (si la foule le souhaite) jeté en bas.

     Sauf erreur, ça fait 15 dimanches de plus sans trop de bagnoles. Toutes les suggestions sont bienvenues pour la trentaine restant. Que Paris devienne une fête hebdomadaire ne gênerait que les gêneurs, et pourrait même s’avérer une affaire commerciale.