Que ne suis-je Catulle de Jude Stéfan par Jacques Demarcq

Les Parutions

26 mars
2010

Que ne suis-je Catulle de Jude Stéfan par Jacques Demarcq

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1
Un peu de pédagogie pour changer.
Catulle est un latin du Ier siècle avant, mort à trente ans d'autre chose que la syphilis, qui n'existait pas. C'est un lyrique, un satirique, un formaliste, dont on a conservé dix douzaines de poèmes, la plupart courts, étincelants de méchanceté, d'amour, d'intelligence de l'humaine bêtise, dans un langage souvent très cru et bien cuit.
Jude Stéfan écrit de la « poésie contre » ou « malgré », d'une lucidité grinçante, ne mâchant pas ses mots.
Là s'arrête le rapprochement. « ìVous n'êtes pas Catulle" a dit / péremptoire la Sorbonagre ». Bien sûr. Il a 80 ans, « haï des dieux qui m'ont fait vieillir ». Et nul ne reproduit ses pères, sauf inceste engendreur de mochetés. Mais la pique de l'imbécile diplômée a été l'aiguillon de ce livre - dont le côté dernier inventaire avant fermeture fait aussi penser à Villon.
Les poèmes sont courts, mêlant volontiers le regret d'être là, encore ! et la satire des raisons qu'on se donne, en une quinzaine de vers brefs, percutants.
Quatre parties. 1, des « auto-portraits » plein d'humour, comme cette allusion possible à sa carrière d'enseignant : « aux îles fortunées où / caresser les ânes n'ai / chassé que la femme ». 2, « Contre-amours » : des poèmes tendres et sensuels sur des prostituées, les plus ouvertement catulliens. 3, « Les 52 semaines » : des échos de poètes anciens, des observations plus immédiates, sans davantage de concession. 4, « Feuilles de plomb » où l'on entend déjà cercueil : « Tous eurent des chairs autour des os / des sourires contraints / des pleurs saccadés / Tous des noms qu'ils portèrent / comme chiens et chevaux / sonores ou fictifs / Jean XXXII Médor ou Magicien ».
Il y a - c'est devenu rare - un sens du vers chez Stéfan, de l'attaque et de l'écho. Il y a surtout un art du poème qui démarre souvent clair (un titre donne le sujet ou le ton) pour avancer l'air de rien, lancer sa griffe au passage, consentir en grognant à une caresse, et terminer par un bond plutôt que par la chute traditionnelle.
De quoi passer une heure des plus agréablement réveillante, le livre se lisant d'une traite, avant d'y revenir.