DOC(K)S, morceaux choisis, 1976-1989 par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

02 févr.
2015

DOC(K)S, morceaux choisis, 1976-1989 par Jean-Paul Gavard-Perret

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Fondé par Julien Blaine puis repris par le Collectif Akenaton de Jean-Philippe Castellin la revue Doc(k)s depuis sa création crée des hymens improbables au sein de diverses configurations poétiques et plastiques. Soulevant l’espace des ténébreuses présences de gouffres politiques, sociaux, poétiques, artistique le revue propose  des hors champs. Rampent dans des lieux interlopes des flammes qui par instants lèchent le bord des vies en disparition pour les mettre en lumière. Les messages politiques et sociaux ne restent jamais implicites même si les œuvres retenues (celles récemment de Joël Hubaut par exemple) ne sont jamais frivoles. Le manque, l’absence créent la dimension de l’altérité.  Poètes et artistes retenus mettent à nu l’état du monde, montrent sa froideur et sa cruauté auxquelles ils répondent par leur propre glaciation ou son humour. Mais dans tous les cas de "figures", le corps reste obscur. Il se retrouve isolé dans le vide. Au mieux il est entouré de ses frères clones,  vestiges des vestiges de notre civilisation.

 Originalité de la revue pluridisciplinaire : chaque être tourne autour d’un autre mais parfois sans le moindre partage. Chaque présence peut sembler  une exécution. Mais reste la danse immobile de silhouettes apparemment inaliénables loin de tout apex d’embrasement dans des rituels ou cérémonies secrètes et froides. Elles engendrent une méditation ironique face à l’homme à la recherche de certitudes comme balises de vie. Doc(k)s montre comment le doute nourrit l’être en décalant la tradition de l'art  et de la poésie en leur quête du sens et en présentant une réflexion critique en action. 

Il y a là une "suite d'objets verbico-visuels non identifiés" en quête d'une poésie totale propre à débrouiller les repérages et les formes de savoir. Tout est tourné vers le bruitisme, l'internatonialisme, la vocifération matérielle, l'aléatoire, la poésie sonore ou élémentaire. S'y croisent Cathy Acker, John Giorno, Gerasim Luca, Bernard Heidsieck (récemment disparu). Tout s'y dézone dans les turbulences inventées par Artaud, Queneau mais aussi Dante. Surgit une poésie qui demeure pour beaucoup ovniesque. D'où l'importance de ce corpus de plus de mille pages. Différents médiums, (peintures, photographies, vidéos, sons, textes) créent un univers étrange où l'être demeure une énigme. Il est divisé entre réalisme onirique,  fantasmagories grotesques, carnavals anonymes dans un brouillement d’échelles de représentation. Le fait « monstrueux » d’une telle revue  réside dans la non séparation du monde et l’être comme des arts entre eux. La poésie et la fiction justifient les arts visuel et sonore dans une passion et une radicalité qui ne se démentent jamais.