L'effet Wittgenstein de Jean Frémon par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

25 janv.
2016

L'effet Wittgenstein de Jean Frémon par Jean-Paul Gavard-Perret

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Accepter le sensible comme source première de l’intuition et de la connaissance, affirmer que l’art, la science, la philosophie sont fertilisés par des savoirs dont l’origine n’est pas la raison ni le libre arbitre seuls sont la base de la pensée de Ludwig Wittgenstein. Dans son « Tractatus » il s’est attaché à montrer les limites des capacités du langage à décrire le monde.. Selon Frémon l’origine de cette découverte est précise : « Un jour que Wittgenstein passait devant un terrain de football où attaquants et défenseurs rivalisaient de ruse, il eut l’idée que le langage n’était peut-être qu’un jeu qui se joue avec les mots ».
A partir de là par sa philosophie Wittgenstein ne pouvait au mieux que chercher la clarification du langage
isomorphe au monde. Pour le Viennois, ce qui est vrai dans la logique de la langue doit être équivalent aux faits qu’elle décrit. Dès lors aux pensums logomachiques font place des phrases simples, de courtes propositions pour agencer des arguments. La réduction de la dimension des éléments de pensée facilite leur manipulation et leur contradiction tout en assurant une construction solide et en réduisant les risques de ruptures sémantiques.
Partant de l’idée que « Le monde est tout ce qui a lieu », Wittgenstein ajoute que « L’état des choses est une connexion d’objets ou d’entités». La forme est la possibilité de la structure mais elle n’épuise pas pour autant le réel. D’où l’importance de l’art. Il est la riposte a-logique aux limites de la logique. En s’opposant à la fois à un simple « voir-comme » et à une vision simple de la réalité, l’art introduit la notion d’« outrepassement » par ses propres connexions sui generis.
Dans cette perspective et dans l’ombre de Wittgenstein, Frémon  illustre toute une connaissance qui s’inscrit sur une matrice organisationnelle particulière dont les créateurs ont le privilège. Entre la pensée de Wittgenstein et la poésie de Frémon surgit ainsi une suite de digressions intempestives. Elles dérivent en anecdotes, impressions, illustrations allégoriques et conversations imaginées avec le philosophe. Frémon en profite pour élargir l’investigation du Viennois par l’intrusion de figures rapportées - de Boulgakov à Groddeck par exemple.

 

 

 

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