LETTRES DE GUERRE de Jacques Vaché (1914-1918) par Jacques Barbaut

Les Parutions

28 janv.
2019

LETTRES DE GUERRE de Jacques Vaché (1914-1918) par Jacques Barbaut

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    Selon les affectations coloniales de son père, James, autoritaire officier de l’armée, Jacques est passé, enfant, par Saigon et Hanoï ; il fréquente le grand lycée de Nantes, du « groupe des Sârs », « Petit Monsieur Cocose », lecteur de la Geste d’Ubu ;

    mobilisé pour le Grand Équarrissage, volontaire pour le front, interprète auprès de l’armée britannique — l’insigne réglementaire du Sphinx épinglé au col —, dandy des tranchées, le « brigand roux » est l’observateur, rapporteur et contempteur des obus et de la boue, des poux, des puces et des perce-oreilles ;

    Grand Transparent du surréalisme (indispensable pour qui veut rêver et démêler, à la fois, s’avère LImprononçable Jour de sa mort, Jacques Vaché, de Georges Sebbag [J.-M. Place, 1989], qui y introduit Tristan Tzara comme double miroitique) ;

    frère aîné magnétique aimé d’André Breton —, lequel publie dès 1919, Au Sans Pareil, les quinze Lettres de guerre à lui adressées, hommage que confirmera La Confession dédaigneuse : « cest à Jacques Vaché que je dois le plus. Le temps que jai passé avec lui à Nantes en 1916 mapparaît presque enchanté. [] je sais que je nappartiendrais jamais à personne avec cet abandon » —, blessé,  alité dans les hôpitaux de l’arrière, il devient le correspondant d’Aragon et de Théodore Fraenkel, fumiste, fantomasque, « pohète » —ce « h » surnuméraire, il l’a ôté du mot « humour », qu’il orthographie umour , assistant agité à la première représentation des Mamelles de Tiresias, d’Apollinaire, au conservatoire Maubel, « artiste sans œuvre », mosaïste et collagiste, anglomane appelant l’esprit nouveau, il traverse de justesse la grippe espagnole ;

    « suicidé de la société » (Cravan, Rigaut, Crevel, Gilbert-Lecomte, Artaud…), il est retrouvé nu, en compagnie d’un ami, victime d’une surdose d’opium, sur le lit de la chambre 34 de l’Hôtel de France à Nantes, le 6 janvier 1919, moins de deux mois après l’armistice — il a 23 ans ; il est déclaré par l’Etat (Poincaré) « mort pour la France »;

 

    Jacques Vaché — dit Jack, alias Tristan Hilar, dit Jacques Tristan Hylar, alias Harry James, alias Jean-Michel Strogoff —

 

    écrit — style télégraphique — grand tiret —

 

    précisément annoté dans cette édition provisoirement définitive (dite « du centenaire »), soit 158 lettres, dont vingt-trois inédites (l’intégralité d’icelles revue à partir des manuscrits originaux), présentées selon l’ordre chronologique — la quasi-totalité des écrits retrouvés

 

    — à Jeanne Derrien, sa « marraine de guerre », juillet 1916, secteur de Tincques, Pas-de-Calais :

 

    — Dailleurs — je crois vous lavoir déjà dit — Je suis à peu près certain de rêver ; Je vais me réveiller puis au déjeuner je dirai :

    « Figurez-vous que jai rêvé la nuit dernière que la guerre était déclarée… » etc. etc.

    — Je suis même absolument certain — maintenant — oui — cest évident nest-ce pas ? — de rêver — Il est impossible quen deux ans jaie vu tant de choses ?

    — Des casernes — des grandes cours carrées où sonne quelque clairon — Des trains — wagons à bestiaux — poussière — des tranchées — des trous, des bosses — des mouches — du bruit — des odeurs horribles des trous encore — des fils de fer — de la terre dans le cou — Une énorme chaleur qui tombe daplomb sur le crâne — Des nuits prodigieuses — pleines de fusées et d’étoiles, ponctuées d’éclatements divers — grouillantes dombres suspectes et de rats familiers mangeurs de cadavres — Du bruit encore, des explosions stupéfiantes, des hurlements ignobles — un lit (un lit !) — et puis la vie de bohème — le front encore — des commandements à la prussienne

    — Quel rêve curieux ? — nest-ce pas ?

 

    — à André Breton, 14 novembre 1918, Bruxelles :

 

    Bien cher ami,

    […]

    — Je serai aussi trappeur, ou voleur, ou chercheur, ou chasseur, ou mineur, ou sondeur Bar de lArizona (Whisky — Gin and mixed ?), et belles forêts exploitables, et vous savez ces belles culottes de cheval à pistolet-mitrailleuse, avec étant bien rasé, et de si belles mains à solitaire. Tout ça finira par un incendie, je vous dis, ou dans un salon, richesse faite. — Well.

    — Comment vais-je faire, pauvre ami, pour supporter ces derniers mois duniforme ? — (on ma affirmé que la guerre était terminée) Je suis on ne peut plus à bout … et puis ILS se méfient … ils se doutent de quelque chose — Pourvu quILS ne me décervèlent pas pendant quILS mont en leur pouvoir ?