Poèmes, carrés de Jean-René Lassalle par Jacques Barbaut

Les Parutions

07 sept.
2012

Poèmes, carrés de Jean-René Lassalle par Jacques Barbaut

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RVBIKCVBES

 

« le seul moyen concevable de dévoiler une boîte noire,
c’est de jouer avec »
René Thom

 

Entrez dans cette « boîtenoire » qui serait le cœur même de ce dispositif par la fenêtre — fresch widow ? — et en sortirez paradoxalement par un continuum. Cette proposition radicale de Jean-René Lassalle, empruntant quant à sa structure au Décaméron de Boccace – soit dix ans d’écriture regroupés en dix cycles de dix textes (entre 99 et 101 plutôt que 100, chiffre « rond ») –, en passe par les cycles d’intensité « anamorphoses », « kaléidoscopes », « écrans », « accélérateurs », « accumulateurs », « scintigraphies » et « champs ». Citant la tradition de ses devanciers – de l’« anonyme du Sator » aux « 85 polaroïds de plage » –, ces POÈMES, CARRÉS — la virgule séparatrice indiquerait que, si ces dits « poèmes » s’inscrivent bien tous strictement dans un quadrilatère de onze centimètres de côté (une composition dite « en pavé » : dix-huit lignes constituent un modèle), ces quelque cent-là ne le sont pourtant que très peu : carrés — tentent de concilier, de délimiter la vie débordant les cadres (ou « fixer un état d’un moment qui suit son cours ») — « chaque ligne de signes tente circonscrire folie tourbillonnante en carreaux d’une eau rare » — pour enclore, enchâsser, s(e/é)r(r/i)er chaos et prolixité baroque — Pollock inside Mondrian ? —, ce travail, se situant notamment à la croisée de la modernité expérimentale, « de l’autotraduction et du multilinguisme », ferait voir en un espace choisi ce que signifie « poésie concrète »…

Comment introduire lombredunecorne qui donnerait carrément le ton (condensation, mantras — surcodage friable visité par un extasié —  et sauts quantiques) ? :

« dulçaquicole cresse : dictionnaire sans voyelles en est blattling skelett et la véronique des gléchomes enrosace-toros entre par nos bouches (décodem la compresse) jusqu’à douleur et la tue » (« fenêtre 8 »).

— « Non pas un tour de Babel mais plutôt une façon inédite, novatrice, excitante de prendre à bras le corps maintes questions sur ce qu’est la langue, ce qu’elle fait, ce qu’elle nous fait, ce que l’on peut en faire, ce qu’on peut lui faire », écrivit naguère Florence Trocmé *.



* à propos de Triling, Cynthia 3000, 2008.