Un notaire peu ordinaire d'Yves Ravey, 2 par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

07 mars
2013

Un notaire peu ordinaire d'Yves Ravey, 2 par Jean-Paul Gavard-Perret

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Ravey  poursuit l'orchestration des tensions qui habitent ses personnages. Principalement féminins. Et plus particulièrement encore les mères. Elles sont souvent castratrices. Mais a priori pour le bien de leur progéniture et afin d’éviter les «   mauvaises » rencontres. Celle de Un notaire peu ordinaire répond à la règle. D’où le narrateur de préciser : «  Si, un jour, je rencontrais son cousin dans la rue, que ce soit par hasard ou parce qu’il me cherchait, je devrais refuser tout contact. Elle avait ajouté que, dans ce cas, le mieux serait pour moi de changer de trottoir. Je lui avais demandé pour quelle raison il était interdit de parler à son cousin. Elle avait répondu, à voix basse, qu’elle n’avait pas à me donner d’explication, mais si elle me disait cela, c’était parce que, d’une semaine à l’autre, il allait sortir de prison. » Et puisqu’il en sort  et vient sonner à la porte de sa cousine, mère du narrateur  il y a le feu dans la maison.

Mais la fiction devient surtout la métaphore de la quête de l’écriture elle-même. Une littérature d'émergence et de disparition, d'abondance et de déréliction ne cesse de bouillonner sourdement. Petit à petit "du" corps renaît, une pensée se construit comme faisant son miel des fausses évidences, des mensonges, du réel et des rêves.  Le monde roule, le paysage se referme entre l'ambre du soir et le fer du matin. Il y a tout le cercle d'un lieu clos dont le livre délimite le périmètre mais aussi le fait éclater là où la langue apparemment n'ajoute rien, mais ramène au plus profond de l’endroit d'où il surgit. Preuve comme le dit l’auteur que « s'il y a la langue, il y a roman ».