Le 11 septembre par Patrick Beurard-Valdoye

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Le 11 septembre par Patrick Beurard-Valdoye

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Le 11 septembre Lucile s'enferme dans un studio avec deux bobinots pourentendre les restes de voix du traître de Stuttgare, et les clapotis commede moteurs d'avion qui rattrapent la voix si les ondes se heurtent auxmasses frottant le ciel, à la poussière météorologique
les archives sonores sous l'immeuble n'autorisent nul point de vue sur lamaternité vis-à-vis, qui s'est substituée au camp des exilés
Lucile sortant du bureau souttrain se mêle à un attroupement de couloirmorfondu figé aux images, elle voit d'immenses fumées issues d'ungratte-ciel, nul ne parle sinon le speaker et après l'avion ivre se crashecontre la stupeur percute l'autre tour
la cohue ni Lucile n'accèdent à ces cités aveuglées
le grand peuplier tombe métallique O grand tronc viandé plein les oreillesrendant sa pesanteur au sol, et tout se tait, et l'arbre renversé de sèveest un fleuve plein du sang d'affluents
bouche bée : le narré laissant Lucile sans voix et se livrant aux redites duspeaker
les images repassent notre mémoire

mémoire métallique

sans savoir : un fer en feu de part en part avalé de travers dans l'opacité,la neige cendrée et le déclin
tout ce qui se hâte appartient déjà au passé
le chef des archives s'attend à ce que tout puisse arriver, dans l'instant :
l'affolé ne peut plus recevoir Lucile
le passé en sous-sol redoute le présent dressé tranché comme une bougie
le présent déraille : c'est cette époque-ci qui sombre
immonde assaut du monde : tout saute
sous le feu des jumelles sous les phares de l'actualité que dire d'unchâteau de cartes en main se jouant du monde, que trois cutters laminent ?voilà nôtre la question du naufrage.