La Voix dans le débarras par Nathalie Quintane

Les Parutions

10 déc.
2001

La Voix dans le débarras par Nathalie Quintane

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("Les Impressions Nouvelles", à paraître; pour des informations plus récentes, voir le site de l'éditeur : http://www.lespierides.com/in/federman.html)

Tous les livres de Raymond Federman sont en quelque sorte contenus dans ce texte de vingt pages, qui ne les appelle que pour annuler en eux ce qui, toute une vie, empêcha la Voix dans le Cabinet de Débarras de (se) dire. Parce que Federman a choisi d'écrire ce qu'il a écrit (le jazz, l'amour, l'apprentissage de l'Amérique*...) de la manière dont il l'a écrit ("fourire" et plastique typographique), la voix ancienne s'est tue, mais cette prose brisée, coupée, hantée par une honte et un mensonge fondateurs, lui rendent justice, parce que cette prose n'est autre que la voix même - née de la mort du père, de la mère, des soeurs, raflés en 1942, et à qui ce livre est dédié, né de la mort de tous ceux qui sont morts ainsi. C'est pourquoi cette voix ne ìsort" pas du cabinet de débarras mais ne cesse de vouloir y entrer, y revenir, pour mieux comprendre ce qui fit qu'au moment même où l'événement la suscitait il la vouait au silence - puisque Raymond, enfant, dut, ce jour où il fut caché, faire semblant de ne pas être là, faire comme s'il n'existait pas - ce mensonge lui sauvant la vie. La narration dans la Voix dans le cabinet de Débarras n'a pas de sens (direction) ni de centre, elle est mobile par plaques, par bouts, et ce faisant cerne au plus près l'origine excrémentielle du déni, et de l'écriture à venir - ce petit lot de merde né de la peur et du silence, enveloppé dans les vieux papiers du débarras et dissimulé. Federman ne témoigne pas, ne fait pas de poésie - à moins de nommer poésie l'horreur encartée sans effet dans du mot, ce qui ne correspond pas toujours à la définition générale de poésie. Ce texte n'a guère à voir avec l'ultime effort un peu laborieux de recueil, de témoignage ìcitoyen", auquel nous assistons sous une forme filmée ou non depuis quelques années; ce n'est pas une leçon, ce n'est pas une leçon d'Histoire, ce n'est pas une leçon de Littérature. C'est une voix qui n'a pas quitté le cabinet de débarras depuis soixante ans.

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