Soins Intensifs Dandy de Claire Guezengar par Nathalie Quintane

Les Parutions

27 août
2012

Soins Intensifs Dandy de Claire Guezengar par Nathalie Quintane

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Soins Intensifs Dandy, comme obscure clarté, nuit solaire ou silence éloquent : un quasi oxymore, où frottent deux surfaces incompatibles, imperméables, étrangères, le récit seul peut s'y coller - une procuration. Le livre prend tour à tour les deux pôles (Soins Intensifs/Dandy) et, d'une certaine manière, c'est-à-dire réciproquement, c'est-à-dire l'un par l'autre, les exécute. La terrible légèreté de ton désigne (ou dénonce, au sens de dévoile) ce qu'on pourrait appeler les euphémismes nosocomiaux, contractés essentiellement par le personnel médical : l'usage du pronom "neutre" :  

On va prendre la température.

On va vérifier la tension.

On va se peser.

celui de l'adjectif :

Petit bilan. Petite piqûre. Petite analyse. Petite veine. Et le petit masque.

dont la littéralité dénote la réduction à laquelle l'hôpital renvoie le patient diminué. 

Mais l'hôpital n'est pas seul suggéré par une narratrice-dandy sous contrainte de la maladie (placée elle-même par le texte sous contrôle d'un dandysme - imparfait, puisqu'écrit). L'entourage, ou quelques précieux confidents qui m'assurent à genoux de leur fiabilité (et s'empressent de tout raconter au plus de monde possible), les psys successifs, ou le cauchemar du soutien psychologique : l'apparition d'un clown, à laquelle la narratrice ne peut répondre que par l'évanouissement. 

On ne sourit jamais à ce livre constamment drôle. Son intelligence extrême passe par l'usage critique inédit du dandysme à la fois comme éthique et comme esthétique, soit tel que l'ont défini, raconté, "idéologisé", Barbey ou Baudelaire, mais ici retourné comme un gant. La narratrice semble d'abord leur emprunter existentiellement et stylistiquement une attitude (impassibilité du Samouraï au cœur des ténèbres), pour mieux les saborder ensuite : comme par hasard en effet, le dandy n'est jamais une femme : " La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable. Aussi est-elle toujours vulgaire, c'est-à-dire le contraire du dandy " (Baudelaire, in Mon cœur mis à nu).

Ah ! cher Charles. Nous y voilà.

Ton cœur est mis à nu. Et personnellement je te trouve abominable, vulgaire, et pas particulièrement moderne à cet endroit.

Naturellement, tu permets que je te tutoie. 

Elle propose un contre-exemple parfait, naturellement masqué par Warhol, qui la copia : celui d'Eddie Sedgwick. 

Quant à la narratrice, sa lucidité l'empêche de s'ajouter à la liste : sa vie n'est pas une œuvre, parce que la vie n'est pas une œuvre, et qu'il faudrait s'étonner de tout - répondre, par exemple, aux

Petit bilan. Petite piqûre. Petite analyse. Petite veine. Et le petit masque :

Les salauds. 

ou constater, après s'être imaginé comme refuge Un container dans une zone pavillonnaire :

C'est déplorable : le bon mot ne fait pas forcément un bon logis. Et je ne sais pas où me réfugier. 

Sûr que les romans de la rentrée risquent de paraître petite pointure à côté de ce bref récit.