À vol d'oiseaux de Jacques Moulin par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

23 sept.
2013

À vol d'oiseaux de Jacques Moulin par Jean-Paul Gavard-Perret

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Fidèle à sa vocation de toucher à l’indicible la poésie ici au lieu de descendre dans des gouffres amers se déploie vers les hauteurs où vont se dissoudre les vols des oiseaux. Il ne s’agit pas d’en produire la simple narration mais de tenter de pallier les insuffisances mentales et respiratoires lorsqu’il s’agit d’appréhender de tels parcours et leurs descentes vers la terre tel « Bec dans la brème / Comme un harpon / Héron Glouton : Prend ce qu’il aime ».

 Jaques Moulin a su ne pas étouffer la langue afin d’éviter de freiner les franchissements et les prises. Comme chez un André du Bouchet – mais un  André du Bouchet plus concret et empathique – il atteint cet imperceptible point où les portes de l’air sont fracturées sans que le langage les referme. Le ciel devient une pierre éclatée où héron et martinet  font du vide céleste un dedans. Ils dessinent – pour qui sait les contempler – des tracées qui façonnent jusqu’à l’être humain là où ils viennent à bout du vent solide. Certes parfois l'auteur a des doutes sur ses propres pouvoirs. Parlant de la buse il écrit  « le poème toujours bute sur son froissement d’aile – caresse du rêve ».  Mais de nouveau le poème repart en chanson bien douce et rythmée ou plus altière soulignée des pointes-sèches et aquatintes subtiles d’Ann Loubert.

 Dès lors, quand le vol se perd, le poète en fait une arche et le gain du ciel soudain est fortement grossi. On ne sait plus si c’est l’oiseau ou le papier que Jacques Moulin tient au creux de sa main. La mise en page des textes et des dessins, leurs rythmiques mendient ainsi la foudre de chaque oiseau. Son étendue est dans le souffle d’une parole parfois inquiète, parfois requise chez d’illustres anciens anonymes ou non. Chaque texte poursuit l’envol. Soudain sous un quartier de ciel, le fruit d’un arbre que saisit une pie est attaché entre un mot et la brisure du soleil. La nuit resterait plus tard à son bec si les mots du poète ne pouvaient la défaire et la lui faire avaler afin que rien ne sépare le chaleur de dedans et le froid du dehors.