Christian Bourgois, un éditeur pour l'avant-garde ? par Christian Prigent

Les Incitations

07 déc.
2005

Christian Bourgois, un éditeur pour l'avant-garde ? par Christian Prigent

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1
C'est parce qu'il y avait, en 1976, un éditeur attentif au «nouveau» et aux mouvements de l'invention «avant-gardiste», que la revue TXT, et, à l'initiative de cet éditeur, la Collection TXT firent, sous le sigle Christian Bourgois, un petit tour de piste de cinq années dans l'édition qu'on dit grande. Et c'est parce que cet éditeur, coincé entre les réalités économiques, les pressions mondaines et l'évolution de sa propre curiosité, fut «déconcerté, dérouté, voire exaspéré ou révulsé par certaines expériences», qu'il débarqua, un beau jour de 1981, tout ce beau monde (TXT, Gramma, Première Livraison... ).

J'ai toujours pensé que la rencontre d'une aventure avant-gardiste avec l'édition classique relevait du malentendu. Certes, l'histoire de la littérature du XXème siècle est aussi l'histoire de ces rencontres : il y a eu la génération du Mercure de France (les Symbolistes), celle de la NRF (les Surréalistes), celle de Minuit (le Nouveau Roman), celle du Seuil (Tel Quel) - et donc (peut-être ?) celle de Christian Bourgois. Je pense pourtant qu'il s'agit, à chaque fois, d'un oubli aveuglé (et donc momentané) de la contradiction inhérente à cette situation : entre le désir des écrivains d'accéder à l'édition classique (qui donne un public) et leur affirmation d'une particularité stylistique inouïe, leur effort pour délier, dans l'écriture, le lien social.

Cet oubli, c'est une sorte de lapsus du contrôle éditorial. C'est aussi un défi. En 1977, Christian Bourgois le releva. Après : enthousiasme, énergie, amitié, sensation d'une aventure et d'une lutte vécues en commun. Et donc aussi quiproquo de tous ordres, surgissement progressif, dans la relation professionnelle, d'une charge paranoïde, de plus en plus nourrie par le malentendu de base qu'oublia le lapsus. D'où la rupture. Forcément passionnelle, dérisoirement pathétique.

Reste qu'il y eut des livraisons (TXT n°s 8 à 13), des livres (leurs auteurs sont restés, ils resteront : Novarina, Muray, Verheggen... ). Et que cela fit quelques ronds dans la mare aux canards littéraire. Puis on s'en retourna, pour près de dix années, à ses manies underground, pour le meilleur et pour le pire d'une marginalité peu à peu décrispée. Mais il y a dans le catalogue Christian Bourgois quelques traces vives de l'aventure : c'est tout à son honneur.





L'exposition montrée actuellement au Centre Pompidou (Christian Bourgois, 40 ans d'édition) ne peut manquer, sur ce point, de décevoir (et, sans doute, de faire symptôme des oublis liquidateurs propres à notre temps). Les traces de la politique éditoriale avant-gardiste de Bourgois à la fin des années 70 y sont presque effacées. Rien sur la revue Gramma. Rien sur Novarina, Verheggen, Khlebnikov, etc. TXT (revues et livres : une quinzaine de volumes, quand même) n'est représenté que par mon livre Power/Powder et une petite image de la couverture de l'Anthologie TXT 1969-1993...